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Nouveau statut des enseignants-chercheurs

une fausse réponse à un vrai problème.
        
"Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche". Cet aphorisme attribué à De Gaulle illustre bien la défiance que ressentent plus ou moins confusément les politiques envers les chercheurs. Ces personnels d'un genre particulier ont deux défauts majeurs à leurs yeux : on ne sait jamais s'ils travaillent réellement, et ils ne cessent de réclamer de l'argent pour du matériel, des publications ou des voyages.
                
Le projet de statut des enseignantschercheurs divulgué en janvier 2009 par Valérie Pécresse illustre bien cette logique bureaucratique. Son principe est le suivant : si un enseignant-chercheur cherche, on le laisse tranquille ; sinon, il a du temps libre, et il peut donc enseigner davantage. Ce raisonnement que ne renierait pas le bon sens populaire bute cependant sur une question toute simple : qui va décider si un chercheur cherche réellement ?
                 
Ce n'est pas si évident que cela d'évaluer une activité de recherche. Seuls d'autres chercheurs de la même discipline ont quelques chances de le faire correctement, et encore : de jeunes prodiges peuvent être incompris de nos jours comme le fut Galois en son temps. Les publications sont un indice de l'activité de recherche, mais on peut passer plusieurs années sur un sujet sans avoir matière à publier, et pourtant le faire progresser de manière conséquente.
           
L'instance reconnue en matière d'évaluation des enseignants-chercheurs, le Conseil National des Universités (CNU), travaille sur les dossiers des candidats à une promotion ou à une mutation. Elle n'aurait pas les moyens matériels et humains d'évaluer tous les enseignants-chercheurs des universités. La création d'un corps spécifique "d'inspecteurs de la recherche" se heurte, entre autres problèmes, à l'autonomie des universités et à l'indépendance de leurs personnels, sans même parler du coût financier que le ministère n'est certainement pas prêt à assumer.
          
Par ailleurs, "punir" les non-chercheurs en leur infligeant un service d'enseignement plus important n'est pas sans poser problème. Les universités se targuent du fait que l'enseignement y est constamment irrigué par la recherche : s'il est majoritairement assuré par des enseignants qui n'en font plus, ce principe perd de sa force ... Enfin, si un enseignant-chercheur ainsi sanctionné veut reprendre une activité de recherche, son service d'enseignement alourdi le handicapera dans cette démarche.
                
La ministre suit donc ici une démarche purement bureaucratique et comptable, du même ordre que celle de Xavier Darcos quand il retarde le CAPES à bac + 5. Des enseignants-chercheurs convertis purs enseignants, c'est autant de postes de moins à créer ; et tant pis si le potentiel de recherche d'une université se tarit, tant pis si les jeunes se détournent d'une carrière sur laquelle pend cette épée de Damoclès.
               
Si les professeurs agrégés en poste dans l'enseignement supérieur (PRAG) ne sont pas concernés par ce projet de décret, ils n'ont rien à en attendre de bon. En effet, celui-ci prévoit, outre la recherche, la prise en compte des activités administratives et périphériques de l'enseignement qui ne font pas partie actuellement de leurs obligations de services ; mais il ne mentionne pas leur catégorie, et serait-ce le cas que la faiblesse de leur représentation dans les conseils d'administration des universités ne leur permettrait pas d'en attendre grand-chose.
             
Du reste, comme à leur habitude, les enseignants-chercheurs ignorent purement et simplement les PRAG dans leur mouvement de protestation. Ils ont tort, car ceux-ci constituent une force conséquente, qui a des revendications précises et raisonnables à faire valoir, et que sans l'investissement de ces personnels, souvent considérés comme les soutiers des facs, bien des universités et des IUT fonctionneraient beaucoup moins bien.
                            
Néanmoins, nous sommes solidaires des enseignants-chercheurs dans leur lutte, car la détérioration de leur statut ne peut rien augurer de bon pour les PRAG, ni du reste pour les autres enseignants du supérieur que sont les professeurs de CPGE : en effet, toute faiblesse, tout recul devant ce gouvernement ouvre la porte à de nouvelles tentatives de remise en cause des statuts ; devant son obstination confinant à l'autisme, la seule réplique est désormais le refus de toute compromission.

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