Le SNALC dans Figaro Vox : du collège unique au collège uniforme?

Le SNALC dans Figaro Vox : du collège unique au collège uniforme?




Réforme de Najat Vallaud-Belkacem :

du collège unique au collège uniforme?


Par Jean-Rémi Girard Publié le 11/03/2015 à 12:45



FIGAROVOX / TRIBUNE - Najat Vallaud-Belkacem présente ce mercredi sa réforme du collège qui va faire l'objet de négociations avec les syndicats. Jean-Rémi Girard dénonce des propositions floues qui pourraient renforcer la ségrégation scolaire au nom de l'égalité.




Jean-Rémi Girard est Secrétaire national à la pédagogie du SNALC (syndicat de l'Éducation nationale et du supérieur).




L'architecture de la réforme du collège à venir commence enfin à être connue. Ces premières annonces vont être suivies de trois semaines de négociations avec les organisations syndicales (dont la mienne) et déboucher sur un vote en Conseil Supérieur de l'Éducation le 10 avril. Alors, réelle réforme permettant de lutter contre l'échec scolaire (notamment par rapport à la non maîtrise des fondamentaux) ou nouveaux délires idéologiques?


Plus de questions que de réponses

Le moins que l'on puisse dire est qu'on est dans le flou. Trois axes principaux semblent se dégager, qui tous trois interrogent quant à leur mise en œuvre. Tout d'abord, les «Enseignements Pratiques Interdisciplinaires» (EPI: on aime bien les sigles, à l'Éducation nationale) qui occuperaient 20% du temps à partir de la classe de 5ème. Tous les marqueurs idéologiques sont là: pédagogie de projet, pédagogie active, donner du sens, goûts des élèves, développement durable… Et dans le même temps, on nous explique qu'il s'agit d'un enseignement intégré à l'horaire et aux programmes disciplinaires. Les exemples fournis présentent des projets qui ne sont clairement pas annuels (réaliser un journal sur tel thème, découvrir un métier, organiser un débat…). Possible victime collatérale, le latin attend de savoir à quelle sauce il sera mangé au milieu de ce dispositif. Le grec ancien, lui, est déjà digéré.

À l'arrivée, on ne sait pour l'instant pas qui va devoir assurer quoi, avec quelles contraintes (y a-t-il une obligation de faire des projets? Si oui combien? Sur des thèmes imposés?), à quel moment de l'année et avec quels collègues. S'il s'agit d'étudier via le prisme de plusieurs disciplines des choses telles qu'un mouvement culturel (qui serait inclus dans chaque programme disciplinaire), cela peut avoir de l'intérêt. Si c'est juste faire des projets pour le plaisir de dire qu'on fait des projets, sans temps de concertation institutionnel pour les équipes, cela non seulement ne servira à rien, mais qui plus est sera néfaste à l'enseignement lui-même en le déstructurant davantage encore. C'est là-dessus que porteront les principaux combats entre défenseurs des disciplines scolaires et promoteurs de la «transversalité compétentielle» à tous les étages. Suivant le modèle retenu, il pourrait y avoir des morts.

Plus consensuel, l'horaire d'accompagnement dévolu à tous les élèves sur tous les niveaux (avec 3h hebdomadaires en sixième) devrait avoir un véritable impact positif. Encore faut-il que cet accompagnement ne soit pas une variable d'ajustement du service des enseignants (vous avez des problèmes en maths, mais on n'avait qu'un professeur d'espagnol sous la main, désolé!). Il faut qu'il soit centré sur l'acquisition des connaissances de base, actuellement non garantie par notre système. Et c'est le ministère qui le dit.


Collège unique ou collège uniforme?

Enfin, l'annonce d'un enseignement de Langue Vivante 2 dès la classe de cinquième est problématique. Non pas en elle-même, mais parce qu'elle signerait la fin des dispositifs bilangues (enseignement de deux langues vivantes dès la sixième) et des sections européennes (renforcement d'une langue à partir de la quatrième), perçus comme des systèmes d'évitement visant à créer de vilaines classes de niveau dans la belle utopie du collège unique. Le privé hors contrat s'en frotte déjà les mains, et le spectre d'une école à deux vitesses (payante et «élitiste» pour les riches, gratuite et indifférenciée pour les autres) se profile à l'horizon. Les professeurs d'allemand comptent fébrilement leurs points pour leur prochaine mutation, puisque dans beaucoup d'établissements, c'est la section bilangue qui fait qu'ils ont un poste à temps plein (ce qui leur permet d'ailleurs de s'investir dans les projets cités plus haut). En bref, on pourrait bien renforcer la ségrégation au nom de l'égalité. Vaste programme.

In fine, ce sont véritablement deux visions de l'École et de l'enseignement qui vont s'affronter ce mois-ci. La nôtre, qui défend un enseignement disciplinaire structuré et progressif, qui offre des parcours variés en fonction des capacités des élèves et qui permet notamment de mettre en place des groupes à effectifs réduits pour ceux les plus en difficulté; et d'autre part celle qui privilégie une perpétuelle pédagogie de projets et de tâches complexes, qui déstructure les matières scolaires au nom de compétences transversales uniformes qu'il faudrait à tout prix acquérir. Les choix que la Ministre va faire seront déterminants. Croisez les doigts, sortez vos trèfles à quatre feuilles et vos fers à cheval.


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