Réforme du collège : désintox mensongère ?

Réforme du collège : désintox mensongère ?

La Ministre vient de publier, sur son site et sur les réseaux sociaux, un document pour défendre sa réforme du collège (une très à la mode « désintox »). le SNALC a étudié les affirmations parfois péremptoires, quand elles ne sont pas mensongères, et y répond. Nous laissons de côté (pour le moment) les questions de programmes ainsi que les questions politiques. Voici le document du ministère :




1- Devenir du Latin et du Grec

Les « Enseignements Pratiques Interdisciplinaires » (EPI) sont des heures de 5e/4e/3e prises sur les horaires des disciplines obligatoires (par exemple le français, l'histoire…), durant lesquelles il s'agit de traiter le programme de cette discipline. Dans aucun des projets de programmes présentés il n'est prévu d'étudier de quelque manière que ce soit le latin ou le grec. Figure tout juste une ligne et demie sur l'étymologie dans les programmes de français (ce qui n'est en rien une nouveauté). L'Antiquité, quant à elle, est étudiée en histoire en… classe de 6e, où il n'y a pas d'EPI. Ainsi, l'EPI de langue ancienne est vide de contenu, et, s'il était mis en place, ne permettrait de toute manière pas une étude structurée de la discipline latin ou grec car il s'agit de faire une autre discipline sur ces heures.

À l'arrivée ne demeure donc que l' « enseignement dédié ». Ce dernier possède des horaires maximaux qui sont inférieurs d'1h par niveau par rapport à l'option actuelle (1h/2h/2h au lieu de 2h/3h/3h). Contrairement au système actuel, il n'y a pas de dotation spécifique fléchée pour assurer cet enseignement : il doit être négocié localement sur les heures servant à faire des dédoublements.

Conclusion : la réforme propose un très, très net recul de l'enseignement des langues anciennes. Ce ne sera pas le « latin pour tous » ; cela sera peut-être le « latin pour personne ».




2- La place des fondamentaux

La réforme ne maintient pas l'ensemble des horaires disciplinaires. Au-delà de la question des sections européennes (supprimées), des bilangues (très majoritairement supprimées) et des options (cf. plus haut — on notera au passage que, pour le ministère, les langues anciennes ne sont donc plus des disciplines…), les horaires diminuent dans certaines disciplines scientifiques (1/2h en moins en Technologie et en Physique-Chimie en classe de 3e, horaire globalisé de 4h de technologie, physique-chimie et SVT en classe de 6e qui entraînera forcément une baisse dans au moins une des trois disciplines, vraisemblablement le plus souvent en technologie).

Par ailleurs, l'accompagnement personnalisé mentionné n'est en pas en plus des horaires disciplinaires, mais inclus dedans. Il n'apporte donc aucune plus-value : au lieu par exemple d'avoir 4h30 de français en 6e, les élèves auront 1h d'accompagnement français et… 3h30 de français.

Notons enfin qu'il existe actuellement 2h d'accompagnement personnalisé en 6e (généralement répartie 1h français et 1h mathématiques), qui, elles, viennent bien en + de l'horaire disciplinaire. Cet accompagnement supplémentaire étant supprimé, les élèves vont donc bien perdre 1h de français et 1h de mathématiques.

En conclusion, oui, la réforme s'attaque aux fondamentaux.




3- La place de l'Allemand (mais aussi d'autres langues)

Non, les élèves ne pourront pas choisir l'allemand dès le CP, car les professeurs des écoles qui devraient l'enseigner n'y sont tout simplement pas formés. Rappelons qu'actuellement, à l'école primaire, 93% des élèves font de l'anglais. Faire croire que 100% des élèves auront le choix de l'enseignement de langue qu'ils recevront du CP au CM2 est une imposture.

D'autre part, la disparition de l'immense majorité des classes bilangues va précariser les collègues d'allemand (et d'autres langues) et les obliger à travailler sur 2, voire 3 établissements, réduisant de fait leur investissement.

Effectivement, les élèves qui ne suivaient ni bilangue ni section européenne auront 54h cumulées de LV2 de plus (réparties sur 3 ans, avec un horaire hebdomadaire de 2h30 peu efficace). En revanche, les élèves qui suivaient une bilangue et/ou une section européenne auront des heures de langue en moins.




4- La réforme et la concertation

Il convient de rappeler que les organisations syndicales qui représentent 80% des professeurs du second degré ont quitté la dernière séance de « débat », marquant par-là même leur opposition au projet. Aujourd'hui, on peut donc affirmer que l'immense majorité des personnes qui auront à appliquer cette réforme sont contre ce projet , ce qui ne correspond pas à ce qui devrait sortir d'une « concertation ».

La composition du Conseil Supérieur de l'Éducation est telle que l'avis rendu ne pouvait être que positif : les représentants des professeurs du second degré y sont en effet très nettement minoritaires et le vote de certains « partenaires » (par exemple les collectivités locales) allait difficilement être négatif, mais pour des raisons qui ne sont probablement pas pédagogiques…






CONSULTER LES TEXTES PROJETS :

Projet de DÉCRET relatif à l’organisation des enseignements au collège
Projet de ARRÊTÉ relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège




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