Réforme du collège : désintox, volume 2 !

Réforme du collège : désintox, volume 2 !

C'est maintenant au tour du gouvernement de publier, sur son site et sur les réseaux sociaux, un document pour défendre sa réforme du collège (cette fois-ci, c'est un « vrai/faux »). Comme pour le document précédent, le SNALC a étudié l'ensemble des arguments développés et y répond. Nous laissons une fois encore de côté (pour le moment) les questions de programmes ainsi que les questions politiques.

Nous présentons donc, dans cet ordre :
1) L'affirmation à laquelle prétend répondre le gouvernement,
2) La réponse qu'il donne,
3) La "désintox" du SNALC par rapport à cette réponse,
4) Une conclusion d'ensemble.




1. LA RÉFORME DU COLLÈGE SUPPRIME LE LATIN ET LE GREC


GOUVERNEMENT : FAUX — Dans le nouveau collège, comme actuellement, les élèves qui en font le choix pourront apprendre le latin, de la 5e à la 3e, et le grec en 3e, avec le même nombre d’heures qu’aujourd’hui. Ils apprendront le latin et le grec dans le cadre du nouvel enseignement pratique interdisciplinaire Langues et cultures de l’Antiquité et d’un enseignement de complément de langues anciennes.

SNALC : écrire qu'il y aura le même nombre d'heures est FAUX, ARCHIFAUX. C'est un mensonge. En effet, les « Enseignements Pratiques Interdisciplinaires » (EPI) sont des heures de 5e/4e/3e prises sur les horaires des disciplines obligatoires (par exemple le français, l'histoire…), durant lesquelles il s'agit de traiter le programme de cette discipline. Dans aucun des projets de programmes présentés il n'est prévu d'étudier de quelque manière que ce soit le latin ou le grec. Figure tout juste une ligne et demie sur l'étymologie dans les programmes de français (ce qui n'est en rien une nouveauté). L'Antiquité, quant à elle, est étudiée en histoire en… classe de 6e, où il n'y a pas d'EPI. Ainsi, l'EPI de langue ancienne est vide de contenu, et, s'il était mis en place (ce qui n'est en rien obligatoire !), ne permettrait de toute manière pas une étude structurée de la discipline latin ou grec car il s'agit de faire une autre discipline sur ces heures.

À l'arrivée ne demeure donc que l' « enseignement de complément ». Ce dernier possède des horaires maximaux qui sont inférieurs d'1h par niveau par rapport à l'option actuelle (1h/2h/2h au lieu de 2h/3h/3h). Contrairement au système actuel, il n'y a pas de dotation spécifique fléchée pour assurer cet enseignement : il doit être négocié localement sur les heures servant à faire des dédoublements.

CONCLUSION : MENSONGE. La réforme propose un très, très net recul de l'enseignement des langues anciennes. Ce ne sera pas le « latin pour tous » ; cela sera peut-être le « latin pour personne ».






2. LA RÉFORME DU COLLÈGE VA FAIRE DISPARAÎTRE L’APPRENTISSAGE DE L’ALLEMAND


GOUVERNEMENT : FAUX — Avec la réforme, le nombre de germanistes va augmenter au collège et c’est pour cela que le ministère de l’Éducation nationale double le nombre de postes mis au concours pour recruter des professeurs d’allemand. La mise en place d’une "carte des langues vivantes", dès la rentrée 2016, assurera un enseignement de l’allemand dans toutes les académies, du cours préparatoire jusqu’à la terminale. Le développement des jumelages et des échanges entre écoles françaises et allemandes encouragera les jeunes élèves à choisir l'apprentissage de la langue allemande.

SNALC : Non, tous les élèves ne pourront pas choisir l'allemand dès le CP, car les professeurs des écoles qui devraient l'enseigner n'y sont tout simplement pas formés. Il est déjà certain que l'allemand ne sera proposé (comme c'est le cas actuellement) que dans une minorité d'écoles primaires. Rappelons qu'actuellement, à l'école primaire, 93% des élèves font de l'anglais. Faire croire que 100% des élèves auront le choix de l'enseignement de langue qu'ils recevront du CP au CM2 est une imposture.

D'autre part, la disparition de l'immense majorité des classes bilangues va précariser les collègues d'allemand (et d'autres langues) et les obliger à travailler sur 2, voire 3 établissements, réduisant de fait leur investissement.

Enfin, on peut toujours proposer le nombre de postes que l'on veut au CAPES d'allemand : cela fait 3 ans qu'un tiers des postes proposés ne sont pas pourvus, et le ministère le sait très bien, puisque c'est lui qui publie les chiffres.

CONCLUSION : MENSONGE. La réforme va fragiliser l'allemand (c'est valable pour d'autres langues), et non le renforcer.






3. TOUS LES ÉLÈVES VONT DÉSORMAIS APPRENDRE DEUX LANGUES VIVANTES EN 5E


GOUVERNEMENT : VRAI — Avec la réforme du collège, tous les élèves commenceront désormais leur deuxième langue vivante en classe de 5e (au lieu de la classe de 4e). Le nombre d’heures de cours en deuxième langue vivante est augmenté de 25%.

SNALC : C'est presque exact. Mais la réponse « oublie » les élèves qui font actuellement une bilangue, et qui donc commencent la LV2 en 6e et non en 4e. Elle « oublie » également ceux qui font actuellement une européenne dans leur LV2, et qui ont donc davantage d'heures de LV2 que ce que propose la réforme

CONCLUSION : VRAI. Enfin presque…






4. AVEC LA RÉFORME DU COLLÈGE, IL Y AURA MOINS D’HEURES DE COURS EN FRANÇAIS, EN MATHÉMATIQUES ET EN HISTOIRE-GÉOGRAPHIE


GOUVERNEMENT : FAUX — Toutes les matières conservent le même nombre d’heures de cours qu’aujourd’hui. Ainsi, les élèves continueront de suivre 17,5 heures hebdomadaires de français, de la 6e à la 3e, 15 heures de mathématiques et suivront même 20,5 heures hebdomadaires de langues vivantes (LV1 et LV2) contre 19 heures actuellement. Les temps dédiés à l’enseignement de ces disciplines incluront, à partir de la rentrée 2016, de nouvelles modalités d’enseignement (accompagnement personnalisé – cf. point 7 – et enseignements pratiques interdisciplinaires).

SNALC : Il fallait oser l'écrire, celle-là… La réforme ne maintient pas l'ensemble des horaires disciplinaires. Au-delà de la question des sections européennes (supprimées), des bilangues (très majoritairement supprimées) et des options (cf. plus haut — on notera au passage que, pour le ministère, les langues anciennes ne sont donc pas des « matières »…), les horaires diminuent dans certaines disciplines scientifiques (1/2h en moins en Technologie et en Physique-Chimie en classe de 3e, horaire globalisé de 4h de technologie, physique-chimie et SVT en classe de 6e qui entraînera forcément une baisse dans au moins une des trois disciplines, vraisemblablement le plus souvent en technologie).

De plus, il existe actuellement 2h d'accompagnement personnalisé en 6e (généralement répartie 1h français et 1h mathématiques), qui viennent en + de l'horaire disciplinaire — contrairement à ce que propose le ministère dans sa réforme, où les heures ne viennent pas en +, mais sont prises sur les horaires disciplinaires. Cet accompagnement supplémentaire étant supprimé, les élèves vont donc bien perdre 1h de français et 1h de mathématiques.

CONCLUSION : MENSONGE. Les horaires de toutes les matières ne sont pas préservés. Il y aura effectivement moins d'heures de français et moins d'heures de mathématiques..






5. IL N’Y AURA PLUS DE SECTIONS EUROPÉENNES À LA RENTRÉE 2016


GOUVERNEMENT : VRAI — Les sections européennes, dans le cadre desquelles 11% des élèves de 4e et de 3e bénéficiaient de quelques heures de plus de cours de langues vivantes étrangères, n’ont plus lieu d’être avec la réforme du collège. Avec la réforme, 100% des élèves bénéficieront en effet de 54 heures de langues vivantes étrangères en plus sur l’ensemble de leur scolarité au collège.

SNALC : Effectivement, les élèves qui ne suivaient ni bilangue ni section européenne auront 54h cumulées de LV2 de plus (réparties sur 3 ans, avec un horaire hebdomadaire de 2h30 peu efficace). En revanche, les élèves qui suivaient une bilangue et/ou une section européenne auront des heures de langue en moins. Ce "100%" est donc parfaitement mensonger.

CONCLUSION : MENSONGE. Une part non négligeable des élèves aura moins d'heures de langue..





6. IL N’Y AURA PLUS DE CLASSES BILANGUES À LA RENTRÉE 2016


GOUVERNEMENT : FAUX — Si les sections européennes, qui n’ont plus lieu d’être avec la réforme, sont supprimées (cf. point 5), toutes les classes bilangues qui permettent de commencer l'anglais dès la 6e tout en poursuivant l'apprentissage d'une autre langue vivante commencée à l'école élémentaire continuent d'exister. Elles bénéficient désormais d'une assise réglementaire qui leur faisait défaut jusque-là. Ainsi, les élèves qui auront appris une autre langue que l’anglais à l’école élémentaire – l’allemand, l’espagnol, l’italien, le portugais, etc. – pourront continuer cette langue et commencer à apprendre l’anglais dès la classe de 6e, à partir de la rentrée 2016, avec la réforme du collège.

SNALC : La présentation est on ne peut plus orientée. Les classes bilangues maintenues dont parle le gouvernement représentent une minorité de l'ensemble des bilangues. En effet, on ne maintiendra (et encore, ça n'a rien d'obligatoire : c'est juste une possibilité qui n'entraînera même pas automatiquement une dotation horaire supplémentaire) que les bilangues pour les élèves qui ne faisaient pas anglais au primaire. Or 93% des élèves font anglais au primaire ! Ainsi, la grande majorité des classes bilangue sont effectivement purement et simplement supprimées.

CONCLUSION : MENSONGE PAR OMISSION. En se concentrant sur les bilangues réservées aux élèves n'ayant pas fait anglais au primaire — dont il ne garantit d'ailleurs pas l'existence ou la pérennité dans ses textes — le gouvernement « oublie » qu'il supprime en réalité la grande majorité de ces classes.






7. TOUS LES ÉLÈVES BÉNÉFICIERONT D’UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNALISÉ


GOUVERNEMENT : VRAI — Avec la réforme du collège, tous les élèves de 6e auront 3 heures hebdomadaires d’accompagnement personnalisé, et tous les élèves de 5e, 4e et 3e au moins une heure hebdomadaire d’accompagnement personnalisé. Les temps d’accompagnement personnalisé permettront de s’assurer que chaque élève maîtrise les savoirs fondamentaux. Ils permettront de soutenir la capacité d’apprendre, de progresser et d’améliorer les compétences de chaque élève. Ils lui serviront aussi à apprendre les méthodes de travail.

SNALC : Là aussi, la présentation oublie un aspect capital. En effet, l'accompagnement personnalisé mentionné n'est pas en plus des horaires disciplinaires, mais inclus dedans. Il n'apporte donc aucune plus-value : au lieu par exemple d'avoir 4h30 de français en 6e, les élèves auront 1h d'accompagnement français et… 3h30 de français. Ces heures sont donc purement théoriques. C'est une énorme imposture.

CONCLUSION : MENSONGE. Le gouvernement se contente d'apposer l'étiquette « accompagnement » sur des heures d'enseignement qui existaient déjà. Il ne crée aucun accompagnement qui viendrait en + des heures de cours.





10. LA RÉFORME DU COLLÈGE VISE À FAIRE DES ÉCONOMIES


GOUVERNEMENT : FAUX — 4 000 emplois sont créés pour la réforme du collège. Grâce à ces emplois, il y aura davantage de cours en groupes à effectifs réduits.

SNALC : C'est difficile à savoir, le ministère ne nous ayant jamais communiqué les calculs qui parvenaient à ces 4000 équivalents temps plein. Au passage, cela ne représente pas 4000 « emplois », car on peut parfaitement augmenter la part d'heures supplémentaires plutôt que de créer des postes.

D'autre part, rappelons qu'à la rentrée prochaine, on supprime toutes les heures d'accompagnement éducatif dans les collèges ne relevant pas de l'éducation prioritaire, ce qui représente une énorme source d'économies (sur le dos des élèves à qui l'on proposait du soutien, de l'accompagnement, des activités sportives et/ou culturelles…). Pas impossible que, l'un dans l'autre, le ministère s'y retrouve sur le plan budgétaire.

CONCLUSION : ON N'EN SAIT RIEN. Mais il semble bien que ce que l'on donne d'un côté, on le prend de l'autre.






11. LA RÉFORME DU COLLÈGE MET FIN À L’ÉGALITÉ DE TOUS LES ÉLÈVES SUR TOUT LE TERRITOIRE NATIONAL


GOUVERNEMENT : FAUX — La réforme du collège donne plus d’autonomie pédagogique aux établissements : c’est une marque de confiance envers les équipes éducatives, confiance nécessaire à la réussite de tous les élèves. Mais cette autonomie est fortement encadrée au niveau national avec des horaires et des programmes nationaux identiques pour tous les élèves.

SNALC : L'autonomie mentionnée n'est nullement celle des équipes, et évidemment encore moins celle des professeurs. C'est celle de l'établissement et de ses instances, avec en dernier lieu le chef d'établissement qui doit trancher (qu'il le veuille ou non). Il y aura donc clairement mise en concurrence des différentes disciplines au sein de chaque établissement pour savoir qui bénéficiera d'une marge horaire supplémentaire pour disposer par exemple de groupes à effectifs réduits, comme cela s'est produit lors de la réforme du lycée.

D'autre part, il y aura clairement de fortes disparités possibles d'un établissement à l'autre. Par exemple, un établissement pourra mettre en place un maximum d'heures de langues vivantes en groupes à effectifs réduits, là où un autre aura des heures de langues en classe entière pour mettre plutôt en place des projets interdisciplinaires en co-enseignement — pour des raisons pouvant être parfaitement idéologiques. On imagine bien que les élèves des deux collèges n'auront pas le même niveau en langue à la sortie.

Enfin, la suppression des options, sections et dispositifs va encourager les établissements privés à offrir ce que le public n'offre plus — y compris via des fonds propres dans le privé sous contrat (à qui la réforme s'applique, mais dont les établissements ont pour beaucoup les moyens de la contourner). Quant au privé hors contrat, il est actuellement en pleine expansion, et ça ne risque pas de s'arrêter.

CONCLUSION : MENSONGE. L'École publique sortirait affaiblie de cette réforme. De plus, au nom de l'autonomie, on restreindrait en réalité très fortement la liberté pédagogique de chaque professeur.





12. LA NOUVELLE ORGANISATION DU COLLÈGE EST PARTICULIÈREMENT ATTENTIVE AU TEMPS DU COLLÉGIEN


GOUVERNEMENT : VRAI — Une pause méridienne d’au moins 1h30 sera désormais assurée à chaque élève. En 6e, les élèves n’auront pas plus de six heures d’enseignement par jour.

SNALC : C'est exact, à la nuance près que cela ne s'applique que pour les établissements publics, et non pour les établissements privés sous contrat, qui feront bien ce qu'il voudront.

CONCLUSION : PRESQUE VRAI.






CONSULTER LES TEXTES PROJETS :

Projet de DÉCRET relatif à l’organisation des enseignements au collège
Projet de ARRÊTÉ relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège




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