Le monologue social

Le monologue social

REFORME DU COLLÈGE:


Le monologue social




Par Jean-Rémi GIRARD, Vice-Président national




Au ministère, on n'arrête pas de se réunir et de nous réunir. Ça doit faire passer le temps, vu qu'on n'est jamais entendu.

Comme vous le savez, depuis décembre 2014, le SNALC (avec son partenaire le Syndicat National des Écoles) est très officiellement représentatif. Nous siégeons dans de bien belles instances, telles que le CTM (Comité Technique Ministériel), ou bien encore le CSE (Conseil Supérieur de l'Éducation), toujours précédé d'une CSL (Commission Spécialisée Lycée — et collège, et école). Et c'est sans compter sur les innombrables réunions avec la DGESCO, la DGRH (ressources humaines), la DAF (affaires financières), le CSP (Conseil Supérieur des Programmes), le G2LOQ (je plaisante).

Au-delà du plaisir de corriger une coquille ou de la joie éprouvée à faire changer la place d'une virgule, le SNALC a toujours cherché, dans toutes ces réunions, à porter la parole des personnels, de façon construite, constructive, en s'appuyant sur des projets sérieux comme le « collège modulaire » ou le « lycée de tous les savoirs ». C'est également le cas de notre partenaire le SNE, qui sort cet automne un projet complet pour le primaire. Nous commençons donc à sérieusement fatiguer devant ce qu'il faut bien appeler un monologue social.

Le modus operandi est toujours le même : on se réunit sur un thème, on a les textes le plus tard possible car le ministère fonctionne lui-même à flux tendu, on fait les « remontées » qu'on peut dans le temps imparti (le SNALC parvient à faire des miracles à ce sujet, entre autres grâce à vous), et à l'arrivée on écoute ceux qu'on a bien envie d'écouter, i.e. ceux qui étaient d'accord avec le ministère au départ. Un seul vote positif ou une seule abstention parmi les 15 membres du CTM ? Le texte passe. Une démonstration par A+B que ce qui est proposé est idiot/contre-productif/irréalisable/dément ? Le texte passe.

Et c'est ainsi qu'on se retrouve avec une réforme du collège que l'immense majorité des collègues qui sont supposés la porter rejettent. Et c'est ainsi qu'on ose nous soutenir que oui, bien sûr, changer tous les programmes la même année alors qu'ils sont organisés par cycle de 3 ans est la meilleure solution (on nous a promis une démonstration qui n'est, hélas, jamais venue). Et c'est ainsi que, pour des raisons purement politiques et absolument pas pédagogiques, on met en place l'Enseignement Moral et Civique à la rentrée 2015, sans manuels et avec des formations ayant lieu bien après le début de l'année scolaire (si elles ont lieu !).

Un jour, le ministère de l'Éducation nationale décidera de réellement réunir les acteurs concernés autour de la table pour les écouter sans a priori. Il prendra en considération leur avis d'experts (au lieu de s'adresser à des « experts » qu'il désigne lui-même dans des structures bidons), et en compte leur vision de l'École, même si ce n'est pas tout à fait celle que nos hauts fonctionnaires peuvent avoir. Il arrêtera d'organiser des consultations pour la forme alors que tout se joue avec quelques élus dans l'arrière-cuisine. Ce jour-là, on aura des réformes du système efficaces, car soutenues par les collègues. Ce n'est pas pour demain.




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