La carte scolaire : pomme de discorde ?

La carte scolaire : pomme de discorde ?

Publié le 03-12-2015

Dernière modification le 03-08-2018

La carte scolaire : pomme de discorde ?



Le SNALC réclame la création de grandes zones de carte scolaire incluant les établissements privés sous contrat.

La carte scolaire créée en 1963 fait bien partie de ces pavés sur le chemin de l‘enfer. Plusieurs pays, dont les USA, confrontés à la grave question des ghettos de toutes sortes, dont les ghettos scolaires, ont cherché et cherchent toujours à limiter les effets désastreux de la relégation pour les uns et de l’entre-soi pour les autres.
Oui, mais : nos sociétés ont beaucoup évolué et même changé en quelques décennies, ce qui a modifié le tableau des fractures sociales et celui-ci apparaît d’autant plus vivement dans notre système scolaire que ce dernier accueille désormais la quasi-totalité des jeunes dès l’âge de trois ans jusqu’à l’âge adulte et pour beaucoup même au-delà.
De ce fait, les implantations d’établissements scolaires sont très nombreuses sur tout le Territoire national et épousent peu ou prou les situations locales dans les zones urbanisées, largement majoritaires (les zones rurales sont moins touchées par la ghettoïsation mais plus par la désertification et les fermetures). On assimile spontanément les établissements scolaires situés dans des lieux de réussite sociale – c’est-à-dire peuplés de familles d’un niveau social satisfaisant – à la réussite sociale elle-même. Les familles vivant dans des lieux d’échec social – c’est-à-dire l’inverse de ce qui précède – voudraient que leurs enfants fréquentent des établissements scolaires porteurs de réussite ou du moins appréhendés comme tels.

Qu’est-ce qui fait la valeur (réussite, échec) d’un établissement scolaire ? Tout le personnel, évidemment, mais ce n’est pas suffisant. Les élèves y jouent un rôle déterminant. Leur comportement et leur niveau d’ensemble peuvent attirer ou repousser les familles. La réputation acquise au fil des années peut-être très séduisante ou au contraire effrayante. Comment en vouloir aux familles qui à tort ou à raison recherchent les « bons » établissements pour leurs enfants ? Personne n’effectue la démarche inverse, personne ne recherche les « mauvais » établissements.

Le SNALC est opposé à la carte scolaire de petite dimension enfermant les populations dans un carcan rigide et que seules certaines familles peuvent éviter ce qui accentue le phénomène de ghetto pour les autres.

L’extension de la carte scolaire à une zone importante présente plusieurs avantages : une relative souplesse (choix des options, proximité avec le lieu de travail des parents ou de la résidence des grands-parents plutôt que le domicile, accès par les transports en commun…) ; la présence quasi-assurée d’un ou plusieurs établissements scolaires privés, confessionnels ou non, sous contrat ; la possibilité de changer d’établissement sans acrobaties bureaucratiques. Autre avantage, recherché par les autorités académiques : éviter la ruée vers des établissements, publics ou privés sous contrat, très éloignés, considérés comme « magiques » ou « garants de réussite quoi qu’il arrive ».

La meilleure façon d’éviter les ghettos scolaires est certainement de ne pas laisser se développer quelques ghettos que ce soient, or la politique d’aménagement du territoire est largement considérée comme désastreuse de ce point de vue et ce ne sont pas quelques transports scolaires supplémentaires qui guériront cette plaie. En d’autres termes, il est malhonnête de permuter la cause et l’effet, et ainsi de faire reposer sur les établissements scolaires la responsabilité des « ghettos » ; il appartient à la politique de les faire disparaître dans toute la mesure du possible et les établissements scolaires s’en trouveront eux-mêmes bien soulagés.


Contact : Hervé GARLET
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