EMI au lycée ?

EMI au lycée ?

EMI au lycée ?



Pourtant préconisée par l’Unesco depuis 2005 (Conférence de Prague), l’Education aux Médias et à l’Information (EMI), reste, malgré des apparitions dans les textes officiels, l’arlésienne de l’Education Nationale, ne trouvant, aucune réalité concrète d’enseignement sur le terrain, notamment au lycée.


Reliant les deux domaines distincts de l’Education aux Médias et l’Information-Documentation, cet enseignement devrait amener chaque élève à acquérir, au cours de sa scolarité, des compétences liées à la maîtrise de l’information (accès, analyse, utilisation), mais également des compétences liées à la maîtrise des médias numériques (fonctionnement, évaluation, production). L’Education Nationale a donc pour mission de former des citoyens capables d’utiliser, de comprendre, d’organiser, d’analyser, d’évaluer, de se renseigner, de créer, de communiquer sur différents supports, tout en ayant une pensée critique… Et tout cela, bien entendu, sans l’expertise des professeurs documentalistes, déjà oubliés lors de la réforme du lycée (avant celle du collège).
Face à des élèves toujours plus connectés, qui revendiquent une maîtrise des médias, mais qui ne s’informent principalement qu’avec Facebook (uniquement grâce à la fonction « recommandation»), et ignorent le fonctionnement d’un moteur de recherche, ainsi que les principales règles d’usage, les professeurs documentalistes n’ont que très peu de marge de manœuvre.


A la suite des attentats de janvier 2015, Mme la Ministre a présenté 11 mesures issues de la Grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République, parmi lesquelles, on trouve la création du parcours Citoyen. Construit autour de l’enseignement moral et civique (EMC) et l’Education aux Médias et à l’Information (EMI), «prenant pleinement en compte les enjeux du numérique», ce parcours paraissait être pour les professeurs documentalistes l’occasion d’asseoir leur enseignement : par exemple en 1ère, avec le thème Enjeux moraux et civiques de la société de l’information. D’autant que la ministre ne manque pas de préciser qu’ils devront être « particulièrement mobilisés ».



  • Quelle est la réalité sur le terrain ?

S’ils sont sollicités dans les établissements par quelques collègues (souvent les mêmes), les professeurs documentalistes ne le sont que de façon éparse et ponctuelle, la majorité du temps pour surveiller, au lieu d’encadrer, les recherches documentaires anarchiques des élèves dans le cadre de tel ou tel projet relevant de l’EMC, de l’enseignement d’exploration ou de l’enseignement disciplinaire…
Mme la Ministre n’a de cesse de rappeler les services accomplis par les professeurs documentalistes à la suite des attentats, l’importance de leur engagement au service de la liberté d’expression, dans la mise en place de médias scolaires ou encore lors de la Semaine de la presse et des médias à l’Ecole. Mais pourtant, la réalité est bien là : ces enseignants, n’ont au lycée, bien trop souvent de professeur que le titre !


Bien sûr, au quotidien, chaque professeur documentaliste tente de mettre en œuvre son enseignement, en proposant des projets à ses collègues, diverses activités aux élèves, et en s’intégrant aux enseignements en co-intervention. Cependant la plupart du temps, l’enseignement se limite à une aide ponctuelle auprès des élèves venus au CDI : un peu de validation d’information pour l’un, un peu d’identification de sources pour l’autre, sans oublier quelques rappels au droit de l’information…
Pourtant les possibilités offertes par les programmes sont nombreuses, mais ne prennent pas vie sur le terrain…
Un travail de recherche demandé par un professeur est toujours l’occasion (à saisir de toute urgence) d’évoquer de façon sporadique, et en quelques minutes, le fonctionnement d’une base de données, d’un moteur de recherche… La semaine de la presse et des médias à l’Ecole est un moment privilégié pour essayer de faire toucher du doigt la pluralité des médias, d’aborder la notion de liberté d’expression, de travailler sur l’image médiatique…
Mais, soyons réalistes, est-ce suffisant ? Est-ce, ce saupoudrage notionnel que l’on appelle un enseignement ? Est-ce avec cette diffusion sporadique, irrégulière et aléatoire de savoirs et de méthodes que l’Education Nationale compte suivre les préconisations de l’Unesco, qui envisage la maîtrise des médias et de l’information comme un droit de l’homme, nécessaire à toute démocratie ?


Nos élèves, de plus en plus connectés, ont presque tous un smartphone qui ne les quitte jamais, et évoluent dans une société numérique omniprésente. Il est donc grand temps, de donner une réalité concrète à l’enseignement de l’information-documentation, de ne plus se contenter de recommandations dans les textes et programmes officiels des autres disciplines et donner enfin les moyens aux professeurs documentalistes de mettre en œuvre cet enseignement, pour faire de nos élèves, des citoyens avertis et responsables.
Il est indispensable que tout élève maîtrise les principes de base de la recherche et du traitement de l’information, qu’il sache élaborer une stratégie personnelle de recherche, qu’il soit capable d’évaluer une information, qu’il sache la communiquer… Sinon, quelle valeur donner aux dossiers de recherche présentés au bac ? Sur quels critères les évaluer puisque les élèves n’ont pas reçu un enseignement en Information-Documentation ?
S’il est un enseignement transversal, l’EMI n’en reste pas moins indispensable et nécessite l’élaboration d’un référentiel de compétences qui s’inscrive dans la continuité des apprentissages menés préalablement et qui tienne compte des spécificités et des besoins de chaque filière (générale, technologique et professionnelle).


Seules sa mise en place effective et son évaluation à travers des dispositifs clairement identifiés seront garantes d’un accès égal de tous au Savoir.




Florence Gondolo
Professeur documentaliste
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