Le SNALC dans La Croix : l’enseignement de la grammaire

Le SNALC dans La Croix : l’enseignement de la grammaire

Publié le 17-01-2017




Faut-il modifier l’enseignement de la grammaire ?


Avec Jean-Rémi Girard, vice-président du SNALC et professeur agrégé de lettres modernes : « Le risque est d’aboutir à un enseignement très hétérogène »


La grammaire scolaire, celle qu’on enseigne à l’école primaire et au collège, ne peut pas être celle qu’on enseigne à l’université. Depuis des années pourtant, il y a une tendance à y importer des concepts de linguistique que les élèves sont incapables de saisir. C’était déjà le cas avec les notions de « groupe verbal » par exemple, ou de « compléments essentiels » à l’intérieur du groupe verbal, ou encore de « thème et de propos ». Changer la terminologie de manière incessante est en outre une catastrophe pour la continuité de l’enseignement, y compris entre générations. Selon les chiffres du ministère, 45 % des élèves qui sortent du primaire ne savent pas écrire « le soir tombait » : il y donc a urgence à renforcer les outils et la formation, très insuffisante, des instituteurs dans ce domaine.

La grammaire décrit les éléments de la langue en les nommant. « Prédicat » est une étiquette comme une autre, il s’agit de savoir si elle est plus intéressante que celles de « complément d’objet direct » (COD) ou « complément d’objet indirect » (COI) pour les élèves. J’affirme le contraire et pense qu’elle n’a rien à faire à l’école et au collège. La grammaire qui fonctionne le mieux est au contraire sémantique, elle s’intéresse au sens qu’ont les mots et groupes de mots dans la phrase et se fonde sur le noyau central qu’est le verbe. Techniquement, la première chose que l’on repère, c’est le verbe, car on ne peut pas saisir le sujet sans lui. Étudions donc le sens des mots à partir de là. De ce point de vue, le complément d’objet est assez simple à expliquer comme : ce qui est l’objet de l’action.

J’ajoute que la notion de prédicat est extrêmement mal définie dans le programme lui-même, avec une distinction entre sujet du verbe et sujet de la phrase qui est loin d’être simple. Certains instituteurs ne l’utiliseront pas du tout, d’autres l’aborderont sans s’y attarder, d’autres encore la travailleront en choisissant de la définir comme « ce que l’on dit du sujet ». Actuellement, des documents académiques proscrivent noir sur blanc l’enseignement des compléments d’objets directs et indirects, mais certains inspecteurs prennent des positions inverses devant les instituteurs en formation. Le risque est d’aboutir à un enseignement de la grammaire très hétérogène, différent d’une académie à l’autre, voire d’une classe à l’autre.

Nous devons construire le meilleur système grammatical pour les élèves, la description qui aura le plus de sens pour eux, et non leur compliquer les choses en introduisant des étiquettes moins intuitives, plus ambiguës et donc plus difficiles à comprendre. Pour simplifier et consolider cet apprentissage, les enseignants doivent pouvoir disposer d’une grammaire très claire, avec des notions précisément définies. Et dans cette visée, la notion de prédicat ne leur sert à rien.


Lire le 2e point de vue du débat : Sylvie Plane, agrégée de grammaire, vice-présidente du Conseil Supérieur des Programmes



contact : info@snalc.fr