Le SNALC dans la Révue des deux mondes : le système éducatif français

Le SNALC dans la Révue des deux mondes : le système éducatif français

Publié le 17-01-2017




La place du système éducatif français


par Xavier Colas - 13 JANVIER 2017
Avec Jean-Rémi Girard, vice-président du SNALC et professeur agrégé de lettres modernes


Revue des Deux Mondes – Les classements internationaux, tels que le PISA, vous semblent-ils pertinents pour évaluer l’efficacité de notre système éducatif ?

Jean-Rémi Girard – Les rapports régulièrement réalisés dans le cadre du Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA) n’évaluent que quelques points bien précis, comme la culture mathématique et scientifique ou la compréhension de l’écrit. Rien, en revanche, sur la culture littéraire ou artistique des élèves. Contrairement à ce que l’on entend à peu près partout, il est donc erroné de dire que le PISA constitue un indicateur global et fiable pour juger la qualité des systèmes scolaires et de l’école.

Par ailleurs, ces tests ont une fâcheuse tendance à mettre sur le même plan des entités qui n’ont pas grand-chose en commun. On imagine pourtant bien que l’organisation du système scolaire en France ou en Estonie – pays mis en avant par l’OCDE dans son dernier rapport – ne répond pas aux mêmes problématiques. De même, on ne peut pas toujours parler des inégalités scolaires au sein de la société française en comparant notre situation avec celle de la Finlande, un pays dont le nombre d’habitants dépasse de peu celui de la Bretagne et des Pays de la Loire et qui n’a pas la même composition sociologique. C’est donc aberrant de faire dire à PISA que l’enseignement finlandais est plus égalitaire que l’enseignement français.


« Les évaluations nationales d’entrée en 6e étaient faites avec les pieds et n’avaient aucun sens. »



Revue des Deux Mondes – Est-ce un but en soi de progresser dans ces classements ?

Jean-Rémi Girard – Non. On a tout un ramdam médiatique sur le fait que la France est classée en telle ou telle position. Or un écart de dix ou quinze points PISA est assez insignifiant sur le plan statistique. D’autre part, il faut analyser ce qui est mis en oeuvre pour progresser dans ces classements. S’il s’agit d’imposer à tous les élèves de travailler des tests sur le modèle PISA pour réussir à PISA, je n’appelle pas ça améliorer le système éducatif. En effet, la réussite à ces tests ne prouverait alors pas que les élèves sont mieux instruits ou disposent davantage d’esprit critique. Il s’agirait simplement d’un entraînement répétitif à des tests formatés…


Revue des Deux Mondes – Justement, d’aucuns déplorent la disparition des évaluations nationales d’envergure dans le premier degré. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Rémi Girard – J’ai corrigé à plusieurs reprises des évaluations nationales d’entrée en classe de 6e. Tout cela était fait avec les pieds et n’avait aucun sens. Ce type de tests standardisés n’évaluent immanquablement que des critères susceptibles d’entrer dans des petites cases type “réussi, peu réussi, pas réussi”. Certes, cela donnait un reflet du niveau de l’élève, mais cette image, le professeur l’avait aussi bien en cours au bout de trois semaines. Résultat : cela n’avait que peu d’intérêt, puisque l’on se rendait bien compte que ces tests chronophages correspondaient tout à fait à ce que l’on constatait en cours avec nos propres évaluations. Une fois encore, évaluer, c’est très bien, mais pour quoi ? Les résultats ne seront pas bons, puis tout un tas de gens vont l’expliquer par tout un tas de facteurs différents pour finalement ne jamais tomber d’accord. Cela ne nous aidera pas à savoir comment répondre à une situation que l’on connaît déjà.


« Certains dogmes ont la peau dure et empêchent le système de s’améliorer. »


Revue des Deux Mondes – La situation de l’école n’est d’ailleurs pas réjouissante. Est-ce d’abord un problème de pédagogie ?

Jean-Rémi Girard – Les problèmes actuels de l’école ne relèvent pas seulement des choix pédagogiques opérés. Mais certains dogmes ont la peau dure et empêchent le système de s’améliorer. Ainsi, même si ça n’aurait aucun sens d’envoyer les élèves en apprentissage à 12 ans, coller tous les collégiens dans des classes de trente élèves et se dire que tout fonctionnera pour tout le monde en pratiquant une différenciation pédagogique à l’intérieur même de la classe est un non-sens. En outre, les choix pédagogiques faits, ce qu’on va appeler le socio-constructivisme pour aller vite, et qui demeure globalement ce à quoi on forme nos collègues, ne fonctionne pas en tant que système pédagogique unique.

Si on veut apprendre à lire, on ne peut, par exemple, pas commencer par mettre sous le nez des élèves le mot rhinocéros. Des méthodes de lecture majoritairement idéovisuelles, fondées sur la reconnaissance de mots, ne fonctionnent pas, pour la simple et bonne raison que les mécanismes d’apprentissage de lecture n’y sont pas respectés. De la même façon, si l’on veut parvenir à faire des multiplications à trois chiffres, apprendre les tables de multiplication par coeur est indispensable. L’élève ne peut pas à chaque fois redécouvrir que huit fois huit fait soixante-quatre !

Revue des Deux Mondes – À quand remonte ce tournant et quelle alternative pédagogique proposer ?

Jean-Rémi Girard – Les choses ont commencé à changer dans le courant des années 1970, par exemple avec le lancement des mathématiques dites modernes. Mais la création des Instituts universitaires de formation des maîtres, dans la seconde moitié des années 1980, a accéléré les choses. On a eu des lieux où les personnels étaient justement recrutés pour leur vision pédagogique particulière. Le ministère de l’Éducation nationale, à travers la publication d’études, montre d’ailleurs très bien son propre dysfonctionnement. Ainsi, sur une dictée passée à intervalles réguliers et sur les compétences mathématiques, on note des baisses de niveau très sensibles entre 1987 et 1997. La chute s’est d’ailleurs poursuivie en 2007 puis en 2015. Bref, ça ne s’améliore pas. Face à ce constat d’échec, nous défendons une pédagogie plus explicite, à la fois logique et progressive. Nous proposons également des réformes concrètes pour chaque niveau du système (école, collège, lycée, bac, supérieur) dans notre ouvrage Permettre à tous de réussir.


« On continue à nous vendre une camelote qui a montré son inefficacité ! »


Revue des Deux Mondes – La fin du quinquennat de François Hollande est proche. Quel bilan tirez-vous en matière d’éducation ?

Jean-Rémi Girard – C’est raté. Le très joli mot de “refondation” de l’école avait pourtant été avancé. Nous étions d’accord avec cette approche puisqu’il nous semblait justement que l’école française était aujourd’hui bâtie sur des fondations qui ne tenaient pas la route. Finalement, on a continué, on a poursuivi dans la même logique qu’auparavant. La réforme du collège, par exemple, n’a rien de nouveau. Les enseignements pratiques interdisciplinaires sont des choses que l’on connaît depuis déjà longtemps. Cela ressemble comme deux gouttes d’eau aux travaux personnels encadrés de lycée, qui ressemblaient eux-mêmes fortement aux itinéraires de découverte de collège de l’époque. On conserve cette même idéologie qui fonctionne toujours en disant : « l’interdisciplinaire c’est bien, les disciplines pas bien » ou « on va faire de l’accompagnement en classe entière », ce qui est à mon sens la chose la plus stupide.

Bref, on continue à nous vendre et à nous imposer cette camelote-là alors que les professeurs ne veulent pas l’acheter. Pourtant, on peut clairement dire qu’elle a montré son inefficacité.


L'article en ligne sur le site de la Revue des deux mondes : http://www.revuedesdeuxmondes.fr/francois-hollande-evoquait-refondation-de-lecole-cest-rate/


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