Un collège flou flou flou...

Un collège flou flou flou...

Un Collège flou flou flou



Le 6 décembre dernier, le Ministre est intervenu lors du Conseil Supérieur de l’Éducation afin de présenter les grandes orientations de la rénovation à venir du collège. Laissant in fine les membres de cette auguste assemblée dans l'expectative quant à ce qui va réellement se passer...


Distorsion temporelle

Le problème est que les annonces qui ont été faites sont contradictoires. En effet, Vincent Peillon a tout d'abord affirmé qu'il n'était pas envisageable d'alourdir l'horaire élève (à l'heure des « rythmes scolaires » et des chronobiologistes, le contraire nous eût étonné !). Ensuite, il a indiqué qu'en dehors du « tronc commun », des « enseignements complémentaires » seraient mis en place pour tous les élèves, tournés « toujours davantage vers l'interdisciplinaire ». Mais, alors que votre serviteur commençait sérieusement à envisager de se pendre sur place avec le cordon d'alimentation de son ordinateur portable, le Ministre a ajouté qu'on ne toucherait pas aux horaires disciplinaires, que les grilles horaires resteraient inchangées. Il est même allé jusqu'à donner des exemples assez précis à ce sujet, expliquant que les collègues de collège qu'il avait pu rencontrer trouvaient tous que leur horaire était déjà insuffisant, et donc que personne n'était prêt à « donner » une demi-heure ou une heure, bien au contraire.

La quadrature du cercle n'a qu'à bien se tenir : à l’Éducation Nationale, on est désormais capable d'ajouter des enseignements sans enlever d'heures ailleurs, mais en n'alourdissant pas le total horaire de l'ensemble ! Chapeau ! D'après nos informations, cette dernière annonce du Ministre sur les grilles horaires inchangées n'était absolument pas prévue au programme, et il n'est pas impossible que le Ministre, comme cela lui est déjà arrivé par le passé(1), ait
décidé de façon unilatérale d'écouter le SNALC et d'arrêter les « pédagoleries » de certains membres de son administration qui ne jurent que par l' « interdisciplinarité »(2). En attendant d'avoir le fin mot de l'histoire, nous nous demandons donc à quelle sauce nous finirons par être (ou non) mangés.


Inquiétudes disciplinaires

Le SNALC est alors intervenu pour pointer ce léger problème logique et pour demander des éclaircissements que nous n'avons, pour le moment, pas obtenus. Il a expliqué que les collègues qui oeuvrent dans le cadre d'enseignements optionnels ou liés à une section (latin, grec, section européenne, section bilangue, langues régionales) craignent fortement de se retrouver dissous dans des parcours pluri-bidules au sein desquels la structure interne à leur discipline et à leur pédagogie risque d'être difficile à discerner. Disons-le clairement : l'enseignement du latin en tant que discipline à part entière sera peut-être bientôt de l'histoire ancienne, et le professeur de lettres classiques risque de se retrouver comme simple « intervenant » d'un parcours culturel dans lequel toute étude systématique de la langue serait soigneusement évitée.

La situation est d'autant plus grave que le SNALC est le seul syndicat à avoir défendu l'enseignement disciplinaire (i.e. Sur un horaire spécifique avec un programme spécifique) des langues anciennes au collège. Il faudrait à un moment finir par se rendre compte que pendant que notre organisation défend les collègues et les disciplines, d'autres font juste semblant et organisent en réalité la destruction du cadre disciplinaire du second degré.


Responsabilité

C'est pourquoi nous avons très tôt pris nos responsabilités : nous sommes la seule organisation à avoir présenté un projet complet de réforme du collège (et nous en ferons de même cette année pour le lycée) conforme à la fois à nos valeurs et à l'intérêt des élèves. L'immobilisme n'est pas une solution, car il laisse le champ libre aux réformes les plus bariolées des partisans de l'innovation en folie. Le SNALC continuera donc de défendre un collège qui donne du temps à ceux qui en ont besoin, qui propose des options afin de permettre à chacun d'exprimer son potentiel dans des domaines variés, et qui ne prétend pas mettre en place une interdisciplinarité de façade à des élèves qui ont au contraire besoin d'être structuré par les différentes logiques disciplinaires.


Jean-Rémi Girard, girardsnalc@yahoo.fr
Secrétaire national à la pédagogie du SNALC
SNALC © 2018
Association déclarée - Syndicat de salariés
N°SIREN 784 312 282
4, rue de Trévise 75009 Paris
Hébergement : ovh.com
Site optimisé pour Chrome et Firefox