ERASMUS PRO OUBLIE LES LYCÉENS PROFESSIONNELS

ERASMUS PRO OUBLIE LES LYCÉENS PROFESSIONNELS

Publié le 25-02-2018

Dernière modification le 16-12-2018

ERASMUS PRO

UN BEAU PROJET QUI OUBLIE LES LYCÉENS PROFESSIONNELS



Article publié dans la QUINZAINE UNIVERSITAIRE - #1414 - MARS 2018




Nos politiques français et européens font de la réduction du chômage des jeunes une priorité : qui pourrait s’y opposer ? L’expérience acquise en Europe contribue au sentiment d’appartenance à l’Union Européenne et nos politiques veulent actionner ce levier : qui oserait s’y opposer ? Les solutions envisagées nous laissent néanmoins perplexes.


Alors que le programme Erasmus fêtait en 2017 ses trente ans, l’ancien ministre et député européen Jean ARTHUIS s’est vu confier en juillet par Muriel PÉNICAUD une mission visant à favoriser les expériences à l’étranger pour les apprentis aux niveaux V et IV. Il a ainsi produit dans le cadre de la concertation sur l’apprentissage un rapport aboutissant à seize propositions, huit au niveau national et huit au niveau européen. Là encore, l’apprentissage reste présenté comme la solution au chômage des jeunes, même si Monsieur ARTHUIS souligne avec honnêteté la désaffection observée en Allemagne à l’égard de l’apprentissage.

Le paradoxe de ce travail, au demeurant fort intéressant, est que l’objectif prioritaire consiste à favoriser l’apprentissage pour les CAP et baccalauréats professionnels. Or, l’ensemble de la réflexion menée fait référence à l’enseignement supérieur, à ses modes de financement à ses partenariats internationaux mais néglige complètement l’enseignement secondaire. Par ailleurs, tout le raisonnement porte sur des jeunes majeurs et non des mineurs, comme le sont pourtant une très large partie des élèves et des apprentis.

Nous confirmons qu’il est nécessaire de simplifier les demandes de financement et que la nomination d’un référent E Erasmus Pro facilitera la mise en place du système. Mais, il ne s’agit pas de se limiter aux CFA : les lycées professionnels et leurs élèves sous statut scolaire doivent pouvoir y prétendre avec des séjours de moins de six mois.

Nous confirmons que le travail fait hors de France doit être évalué dans le cadre de l’obtention du diplôme et que l’enseignement des langues doit être renforcé, mais pas seulement pour les apprentis - à moins de considérer que l’égalité de traitement n’est plus de mise dans la République ou bien que l’enseignement professionnel est déjà, au moins de façon inconsciente, enterré.

Nous nous interrogeons aussi sur la façon dont seront traités les élèves et apprentis qui ne sont pas de nationalité française ou européenne : ils sont nombreux dans la voie professionnelle et leur intégration constitue une nécessité politique absolue.

Nous nous interrogeons donc sur des propositions qui, de fait, ne vont concerner que des réorientations : les élèves sortant aujourd’hui de collège ne sont âgés que de 14 ou 15 ans. Le CAP se fait en deux ans et le bac pro en trois ans, donc ils arrivent à l’examen entre 16 et 18 ans et ne sont effectivement pas éligibles à ces beaux projets. L’auteur souligne en outre lui-même que le succès d’Erasmus exige des budgets en contradiction avec les mesures de restriction en cours. À quoi bon alors évoquer des pistes potentiellement séduisantes mais irréalistes ?

Nous écrivions déjà il y a une dizaine d’années que l’apprentissage dans le Supérieur produisait un effet d’aubaine permettant à des jeunes de financer leurs études supérieures : le rapport le confirme et souligne l’intérêt social de la chose. Des jeunes de milieux modestes font, grâce à l’apprentissage, des études supérieures.Gageons qu’ils sauront, et c’est tant mieux, profiter d’« Erasmus pro » tandis que nos élèves mineurs, la majorité, en demeurent exclus en l’état actuel des propositions.



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