PARCOURSUP : BIEN MAIS PEUT MIEUX FAIRE

PARCOURSUP : BIEN MAIS PEUT MIEUX FAIRE

PARCOURSUP : BIEN MAIS PEUT MIEUX FAIRE


■ Contre la radiation de tous les vœux !

Avec Parcoursup, un élève pourra recevoir très régulièrement des réponses, et devra y répondre de façon dynamique, dans les sept jours, puis trois jours, et finalement en 24 heures. Ce qui suppose pour l’élève d’être toujours sur le qui-vive, et davantage encore vers la fin, i.e. pendant les grandes vacances. Partant de là, il apparaissait extrêmement dangereux de radier l’élève de l’ensemble du dispositif pour une unique réponse non fournie. Pour le SNALC, dans un tel système, une non-réponse ne doit entraîner la perte que du vœu concerné, et non de tous les autres vœux en attente.

C’est pourquoi le SNALC a déposé un amendement visant à y remédier. Le décret le 9 mars le prend en compte comme suit : l’élève ne perd que la proposition à laquelle il ne répond pas, mais doit néanmoins entreprendre une démarche pour signaler qu’il est toujours « actif » sur Parcoursup, avec un délai de 5 jours supplémentaires pour ce faire.

■ Le recours aux algorithmes locaux

Dans la plupart des établissements d’enseignement supérieur, un premier classement des candidatures est effectué par un algorithme qui leur est propre et qui prend en compte de manière personnalisée les critères fournis par les fichiers de Parcoursup : notes et rangs dans les différentes matières, notes aux épreuves anticipées du baccalauréat, appréciation du conseil de classe, niveau de la classe, etc. Par rapport à APB, les critères suivants ont été ajoutés : cohérence du projet, avis du chef d’établissement, méthode de travail, autonomie, engagements et initiative, capacités à s’investir, autres éléments d’appréciation. Ce recours à un algorithme nous paraît légitime, d’une part pour fournir une base objective à l’examen ultérieur des dossiers par les enseignants, d’autre part pour limiter les passe-droits dont pourraient bénéficier certains candidats, du moins pour réduire leur légitimité.

En mars, la CNIL a rendu un avis selon lequel d’une part tous les dossiers devaient faire l’objet d’un examen personnalisé, d’autre part l’algorithme employé par les établissements devait être rendu public et les candidats devaient pouvoir obtenir connaissance de leur score et des critères retenus. Mais le 12 avril, l’Assemblée Nationale a réintroduit le secret des délibérations dans le traitement des données personnelles, en d’autres termes, il ne sera plus obligatoire de publier les algorithmes locaux. Toutefois, la disposition retenue permettra de « garantir aux candidats à une formation de premier cycle un accès spécifique et individualisé aux documents administratifs qui, sans compromettre le principe du secret des délibérations de la commission d’examen des candidatures, leur permettra de comprendre les critères et les motifs de la décision prise par le chef d’établissement ».

Ainsi, les lycées comportant des classes préparatoires aux grandes écoles et d’autres formations sélectives d’enseignement supérieur pourront continuer à utiliser des algorithmes locaux sans avoir à les dévoiler, tout en devant conserver la possibilité de fournir aux candidats qui le demanderont les informations leur permettant de comprendre les raisons du refus éventuel de leur candidature.

■ Une procédure socialement marquée

Du point de vue de l’équité entre les candidats, nous considérons que Parcoursup favorise davantage ceux issus de milieux favorisés que ne le faisait APB. D’une part, le fait de pouvoir inclure dans le dossier des documents tels que copie du BAFA, diplôme de langue étrangère ou attestation de pratique de sport, implique d’avoir pu les pratiquer, ce qui résulte souvent de l’incitation et du financement des parents.

D’autre part, la lettre de motivation est un exercice socialement sélectif s’il en est. Il se dit que des officines proposent leurs services aux élèves de Terminale, et pour quelques centaines d’euros, leur rédigent une lettre de motivation au-dessus de tout reproche. Plus généralement, il est évident que de nombreux parents aideront leur rejeton à venir à bout de ce pensum, avec une efficacité d’autant plus grande qu’ils en auront eux-mêmes les capacités. Récemment, le président de l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne s’est élevé contre l’inclusion dans le dossier de cette lettre de motivation, et a proposé d’aider lui-même les jeunes à la rédiger.

Fidèle à sa conception de l’égalité républicaine, le SNALC demande donc que seuls soient pris en compte dans l’examen des dossiers des candidats les résultats scolaires et critères académiques. Si des éléments extrascolaires devaient être explicitement considérés, ils devraient être gratuitement accessibles via un financement de l’État, sans quoi la légalité du dispositif en serait fragilisée. En outre, il souhaite la suppression de la lettre de motivation, sa sincérité étant tellement sujette à caution qu’elle ne pourrait être valablement considérée comme un instrument d’évaluation des candidatures.

■ Le psychodrame de la sélection

Alors que plus de 80% d’une classe d’âge obtient désormais le baccalauréat, c’est plus de 60 % de cette même classe d’âge dont on sait, à l’entrée à l’Université, qu’elle échouera à passer en deuxième année. La duperie du « bac pour tous » éclate au grand jour : l’absence de sélection dans le secondaire produit la sélection par l’échec dans le supérieur. Il y a là un véritable gâchis sur un plan humain et social. Il nous paraît donc parfaitement irresponsable d’exiger « le libre accès à l’enseignement supérieur » et « l’ouverture massive de places supplémentaires ».

Le dispositif Parcoursup se contente en réalité d’introduire modestement des « attendus » et un « parcours pédagogique spécifique » pour les bacheliers qui n’ont pas un niveau suffisant pour espérer réussir dans la filière choisie ; mais les filières non sélectives ne seront pas, évidemment, en mesure de refuser un candidat si des places restent vacantes. Tout cela a pourtant suffi pour provoquer la colère à l’égard de ce nouveau dispositif qui risquerait même, scandale absolu, de contraindre les élèves à devoir travailler en classe de Terminale ! La procédure du tirage au sort était absurde : elle n’avait pourtant pas conduit les étudiants et certains syndicats à manifester dans les rues. Leur faudra-t-il admettre qu’elle était plus adéquate à la caricature d’égalitarisme qu’ils défendent aujourd’hui ?

En réalité, le principe de sélection est inhérent aux études : il n’est que la conséquence d’un système qui devrait se fonder sur la progression raisonnée de l’enseignement et dont le principe absolu devrait demeurer le contrôle des connaissances acquises pour passer d’un niveau d’études au niveau immédiatement supérieur. Or c’est précisément l’inverse qui se passe aujourd’hui : on adapte les exigences à taux de réussite défini à l’avance. Dès lors, les plus faibles sont abandonnés à un échec temporairement masqué par le passage automatique en classe supérieure. Et c’est ce renoncement à toute forme de sélection qui finit paradoxalement par renforcer les inégalités ! Car une École qui, par un effet de système, n’est plus en mesure d’assurer réellement sa fonction de transmission, devient profondément dualiste : elle favorise forcément ceux qui bénéficient d’autres moyens pour se distinguer et laisse aux autres l’égalitarisme de masse. Dès lors, la sélection n’a pas disparu : elle est devenue plus occulte et plus injuste.

Ceux qui dénoncent aujourd’hui la sélection sont donc bien malvenus de le faire au nom de l’égalité républicaine. Le SNALC a toujours, quant à lui, défendu le principe de la sélection sur la base de critères exclusivement scolaires : faudra-t-il reconnaître qu’il est, par conséquent, le seul syndicat enseignant à être authentiquement républicain ?

■ Après Parcoursup : touche pas à ma prépa

La nouveauté de la procédure, l’absence de classement des vœux par les lycéens au cours de la première phase et corrélativement l’impossibilité de connaître le nombre de « premier vœu » dans la liste des candidats, l’imprévisibilité de leurs comportements au moment de répondre à plusieurs propositions simultanées d’admission, vont sans doute conduire de nombreux établissements à procéder à un surbooking, voire à un overbooking dont l’ampleur risque d’être plus importante que les années précédentes.

Le corollaire pourrait en être que ces formations vont faire le plein et peut-être davantage, tandis que d’autres, moins réputées ou dont les responsables sont plus… responsables, verraient leurs effectifs diminuer de manière importante, au point de tomber en-dessous du niveau de viabilité tel que le voient leurs autorités de tutelle. Ainsi, une classe préparatoire de moins de quinze étudiants risque fort d’être dans le collimateur du rectorat et de se voir menacer de fermeture l’année suivante.

La position du SNALC est très claire sur ce point : aucune fermeture de classe ne doit résulter d’une diminution des effectifs se produisant à l’issue de la procédure Parcoursup, ni même l’année suivante en raison du fait qu’il est toujours difficile de remonter la pente quand le nombre d’étudiants a baissé quelle qu’en soit la raison. En conséquence, sauf exception, il s’opposera à tous les projets de fermeture de classe qui lui seront signalés par les collègues, ou dont il sera informé par d’autres voies.

Anne-Marie Béninger
Commissaire paritaire nationale
Chaires supérieures
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