POUR L’INTÉGRATION LÉGITIME DES P. EPS DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS

POUR L’INTÉGRATION LÉGITIME DES P. EPS DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS

POUR L’INTÉGRATION LÉGITIME DES P. EPS DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS


Une des premières revendications du SNALC concerne l’intégration des professeurs d’EPS (P. EPS), dans le corps des professeurs certifiés. Rappelons que les P. EPS ne sont pas des professeurs certifiés. Si ils partagent la même grille indiciaire, malgré un nombre d’heures à effectuer plus important, le CAPEPS n’est pas un CAPES.
Les P. EPS appartiennent à un corps différent soumis à une gestion spécifique. Concernant leur mouvement et leur avancement, les CAPN et CAPA des P. EPS sont particulières. En terme de traitement, il y a aussi des différences. La rémunération de leurs heures supplémentaires, HSA ou HSE, est inférieure. Pour les HSA, le calcul de ce taux est fondé sur le traitement moyen, divisé par le temps d’enseignement, multiplié par 9/13. Ainsi, plus le temps d’enseignement est important, plus le montant d’une HS est réduite, double peine! Enfin la dernière différence, la plus évidente, concerne le temps passé devant élèves, supérieur de deux heures.

Pourquoi remettre en question ce statut ? Cette revendication est-elle légitime ?
De multiples raisons donnent sens et crédit à cette demande d’intégration des P. EPS dans le corps des professeurs certifiés.

  • Ce nouveau statut achèverait la réintégration initiée en 1981, lorsque le corps de P. EPS a quitté le Ministère de la jeunesse et des sports pour rejoindre celui de l’Éducation nationale.

  • Des croyances persistantes entretiennent depuis trop longtemps la justification d’horaires différents entre l’EPS et les autres disciplines. Les temps de préparation des leçons et de correction des évaluations, estimés plus courts seraient compensés par un temps d’enseignement plus long! Il est temps de tordre le coup à ces idées reçues.

La préparation des leçons est un temps tout aussi conséquent en EPS que dans n’importe quelle autre matière.
Remarquons à ce propos que les P. EPS ne possèdent aucun manuel de référence pour préparer leurs cours. Les programmes de l’EPS, bien vides en la matière, ne fixent que des grandes lignes.
La transposition didactique est un temps long et préalable à toute intervention pédagogique. C’est un travail souvent méconnu qui, pour l’expliquer simplement, vise a extraire des pratiques physiques et sportives, matière culturelle de référence, les éléments les plus fondamentaux et les plus éducatifs, pour les reconstruire en contenus d’enseignement, adaptés à une population scolaire très hétérogène. Un P. EPS est ainsi à même de traiter une trentaine d’activités physiques et sportives, sur 3 à 4 niveaux d’enseignement, tout en prévoyant des contenus pour des profils très différents.
Chaque P. EPS décline du projet d’établissement et du projet EPS, qu’il a contribué à définir collectivement, des projets d’activité, des projets de cycle et des projets de classe pour chacune de ses classes et des activités enseignées. Chaque leçon doit ensuite entrer en cohérence avec ces projets, faire preuve de continuité, de progressivité et de différenciation, articulant tâches, critères de réalisation, de réussite et remédiations, tout en visant des objectifs très divers, tant moteurs (technique, tactique...) que cognitifs (informations, connaissances…) et affectifs (attitudes, comportements…) et en intégrant dorénavant des attentes éducatives transversales (socle commun) … Nous le redisons, sans manuel.
La correction des évaluations, sans être équivalente à celle de certaines disciplines est tout à fait comparable à d’autres. Les recueils de données individualisées sont nombreux aujourd’hui en EPS et demandent des traitements à posteriori consommateurs de temps. L’utilisation des TICE, de la vidéo, les évaluations des projets d’élèves ne font qu’accroître les temps de correction, rapprochant singulièrement les P. EPS de leurs autres collègues.

  • Cet homomorphisme disciplinaire clairement voulu et institutionnalisé depuis la «mission du professeur» (1998) et renforcé par le «référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation» (2013) s’observe dans les pratiques. Professeurs principaux, membres de tous les conseils, qu’ils soient de classe, pédagogiques, d’enseignement, d’administration, d’éducation à la santé et à la sécurité, d’éducation à l’orientation … les P. EPS exercent également les mêmes missions que leurs quasi homologues.

Plus rien ne justifie aujourd’hui le maintien de ces différences d’horaire et de statut !

Au contraire d’autres éléments trop rarement pris en considération renforcent cette revendication.


  • Le service de 20h des P. EPS intègre un forfait de 3h relatif à la gestion et à l’animation de l’association sportive (AS), qui n’est pas un club de loisir dilettante. Rappelons que ces 3h d’AS, qui sont un minimum dû chaque semaine, sont aussi des heures d’enseignement. Des IA-IPR ont utilisé ces heures, sujettes aux mêmes attentes et exigences de préparation et d’animation que des heures de cours, pour l’évaluation pédagogique de professeurs.
    La très grande majorité des P. EPS a très à cœur le bon fonctionnement de l’AS et de l’UNSS et la plupart ne comptent pas leurs heures. Les forfaits nourris de multiples entraînements, de déplacements longs et réguliers, de nécessités annexes de gestion, de financement, etc... sont bien souvent dépassés. Les P. EPS effectuent ainsi plus près de 22h effectives que leurs 20h statutaires hebdomadaires. En plus d’être chronophage, l’AS est aussi «énergivore», à tel point que, usés en cours de carrière, de nombreux collègues souhaitent l’abandon de ce forfait au profit de 3h classiques d’enseignement, ce qui leur est rarement accordé.

  • Suite à l’analyse d’une très sérieuse étude réalisée en 2009 par la DEEP du MEN portant sur les P. EPS nous savons combien ils constituent un corps particulièrement en difficulté et en souffrance, très tôt dans leur carrière, très largement au-delà de 20 années d’exercice ou de l’âge de 50 ans et à fortiori pour les femmes.
    Ces résultats plaident encore pour une diminution et un alignement des horaires d’enseignement des P. EPS, qui travaillent dans des conditions souvent rudes et éprouvantes.

  • Enfin, l’écart de 2h, entre les services des P. EPS et ceux des certifiés, représente sur l’ensemble de leur carrière une différence de 3000h d’enseignement. Sachant que les professeurs certifiés réalisent 666h de cours annuellement, les professeurs d’EPS effectuent donc 4,5 années d’enseignement supplémentaires, durant leurs 40 années de service. Tout se passe comme si ils travaillaient finalement jusqu’à l’âge de 66 ans, sur-ajoutant à leur difficultés.
    On mesure à quel point, tout comme l’aménagement de leur fin de carrière, leur intégration est importante et urgente. Elle permettrait de ménager et de préserver leur premier outil de travail: leur corps.


Quelle forme prendrait ce nouveau statut ?
Après consultation de nos adhérents, de nos référents et responsables académiques, l’organisation qui a été retenue est un service constitué de 15h de cours et de 3h de forfait UNSS, pour un total de 18h, identique à celui des autres disciplines. Il va de soi que ce qui est valable pour les P. EPS l’est aussi pour les Agrégés pour lesquels nous demandons un service reparti en 12+3, soit 15h d’enseignement.

Quels sont les obstacles à cette intégration ?

  • Les usages et les croyances décrits précédemment sont des obstacles que l’argumentation ici développée devrait permettre de dépasser.

  • Le second obstacle, moins subjectif, est le coût. L’intégration des P. EPS et leur passage à 18h nécessiterait la création de 3300 postes. Deux remarques s’imposent à ce sujet. Premièrement l’offre de débouchés supplémentaires pour la filière STAPS, saturée, serait une vraie opportunité pour une jeunesse en mal d’emploi. Deuxièmement, en regard des arguments exposés, si le maintien du statut actuel des P. EPS n’est pas juste, alors l’établissement de l’équité ne peut être une question de prix. Il devient une question de droit pour les professeurs et de devoir pour l’institution.

  • Enfin, le dernier obstacle est de nature corporatiste. Le syndicat ultra majoritaire en EPS n’a jamais revendiqué cette intégration et pour cause! L’intégration des P. EPS dans le corps des certifiés, c’est la disparition d’un corps spécifique géré par ce syndicat spécialisé qui perdrait toute existence légitime et les ressources associées.
Rappelons que les services en Arts plastiques et en Éducation musicale, étaient antérieurement comme ceux de l’EPS. En 2002, ces temps d’enseignement sont passés de 20h à 19h, puis à 18h en 2003. Les PLP (professeurs de lycée professionnel) ont connu cette même réduction progressive de leurs horaires.

L’EPS est bien une discipline à part entière, mais laissée entièrement à part par ce seul syndicat disciplinaire, qui n’oublie pas de protéger sa position de monopole au détriment de l’intégration des P. EPS dans le corps des certifiés. Ainsi, l’EPS reste la seule discipline dont les horaires ne sont pas alignés sur ceux des autres matières. Il est temps qu’elle sorte du passé et qu’elle achève son intégration qui lui permettront d’établir une équité de traitement et de présence de ses professeurs et de ménager leur santé.
Portons donc haut et fort cette revendication, sans hésitation, avec conviction, pour une EPS autrement …

Par le secteur EPS du SNALC,
Laurent Bonnin, Secrétaire national.
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