PIAL : Aïe, Aïe, Aïe !

PIAL : Aïe, Aïe, Aïe !

PIAL : Aïe, Aïe, Aïe !

Par Sylvie MORANTE CAZAUX et Luce MARTIN, secteur AESH,
aesh-avs@snalc.fr, publié le 20 septembre 2019



Les PIAL ont été expérimentés très discrètement dans quelques académies pilotes en 2018 et leur généralisation est prévue pour 2022.
Bien que l’évaluation des PIAL prévue au printemps 2019 n’ait jamais été diffusée par les services ministériels, décision a été prise de lancer la mise en œuvre du dispositif sur tout le territoire dès cette rentrée.

Le SNALC continue de demander le bilan des PIAL expérimentaux pour pouvoir accompagner au mieux la mise en place de ces structures, dans l’intérêt de tous.

1.Les objectifs du PIAL

Ils sont au nombre de trois :

  • un accompagnement humain défini au plus près des besoins de chaque élève en situation de handicap afin de développer son autonomie et de lui permettre d’acquérir les connaissances et les compétences du socle commun ;

  • une plus grande flexibilité dans l’organisation de l’accompagnement humain pour les établissements scolaires et les écoles. Ainsi, la réactivité devrait être plus forte pour la mise en place de l'accompagnement d’un enfant qui arriverait dans le secteur du PIAL ;

  • une professionnalisation des accompagnants et une amélioration de leurs conditions de travail.
Très concrètement, c’est une organisation collective de la gestion des besoins des AESH sur un secteur géographique défini par l'IA-DASEN.

Le PIAL définit donc la zone d'intervention des AESH.

Dans le cadre de la loi « pour une école de la confiance », le PIAL concerne les équipes pédagogique et éducative, afin d’identifier les besoins de l'élève dans le respect de la notification de la CDAPH et de l’accompagner au mieux.

Ce dispositif est complété par plusieurs outils :

2.Le fonctionnement du PIAL


  • La MDPH notifie une aide humaine auprès d'un élève en situation de handicap et communique auprès du Service de l'École Inclusive au sein de la DSDEN.

  • L’IA DASEN gère l'ensemble des PIAL du département et désigne les pilotes des différents PIAL.

  • Le Service de l’École Inclusive (SEI) est un nouveau service académique.

➤Il affecte les AESH en fonction des notifications d'aide humaine et des besoins remontés par les directeurs d'école et les chefs d'établissement.
➤Il assure la gestion administrative des contrats et le suivi de l’évolution de carrière.
➤Il gère la formation initiale et continue des AESH.
➤Il anime une cellule d'écoute à destination des familles.

Le PIAL se décline sous trois formes :

premier degré, piloté par l’IEN de circonscription,
second degré, piloté par le chef d’établissement,
inter-degrés, piloté par l’un des deux ou par les deux conjointement.

Le pilote organise la répartition des AESH affectés par le SEI sur les différents établissements qui composent le PIAL.

✔︎Il est le destinataire de l'analyse des besoins du coordonnateur et est l'interlocuteur privilégié du SEI, notamment pour remonter les besoins d’aide humaine.
✔︎Il accueille les AESH à la rentrée scolaire (présentation de leurs missions et des modalités de fonctionnement du PIAL, de l’ensemble des personnels avec lesquels ils seront amenés à travailler, du ou des élèves en situation de handicap à accompagner, et remise d’un livret d’accueil AESH).
✔︎Il évalue également les AESH.

Le coordonnateur seconde le pilote.

✔︎Dans le premier degré c’est un directeur avec 1/4 temps de décharge ou une indemnité pour mission particulière (IMP).
✔︎Dans le secondaire, c’est un professeur expérimenté ou un CPE qui bénéficie d’une IMP. Il est recruté pas le chef d’établissement.
✔︎Pour les organisations inter-degrés, les deux possibilités existent.
✔︎Il favorise la continuité de l’accompagnement, gère les emplois du temps des AESH (modulation éventuelle en fonction des besoins), les diverses réunions et doit anticiper sur les besoins humains de l'année suivante.

3.Le PIAL expérimental

Un des objectifs du PIAL est de mettre en place une coopération forte avec des professionnels du secteur médico-social. Pour préfigurer cette coopération, une expérimentation est conduite dans chaque académie.

Dès septembre 2019, un PIAL expérimental a été mis en place et bénéficie de l'appui de professionnels du secteur médico-social (orthophoniste, psychomotricien, ergothérapeute…). Ces différents acteurs sont coordonnés en pôles « ressources ».

Sous forme d’équipes mobiles, ils doivent intervenir dans l'établissement sur demande de l'équipe pédagogique mais également pour les séances individuelles de rééducation des élèves.

Les objectifs sont :

➢amélioration de la coordination professionnelle des accompagnants, des professeurs et des intervenants médico-sociaux ;
➢offre d'un accompagnement continu du temps scolaire et péri-scolaire ;
➢meilleure continuité primaire-collège-lycée ;
➢meilleure formation ;
➢meilleures conditions de travail des accompagnants.

4.L’évaluation des PIAL

  • Au niveau départemental, des postes de coordonnateur et d’enseignants référents PIAL sont créés, ainsi qu'une « commission de suivi des projets de scolarisation » organisée par l'IA-DASEN.
    C'est une instance locale d'évaluation de la mise en œuvre des mesures.
    C'est aussi une instance de recours chargée de statuer sur le cas des litiges et des plaintes émanant des parents ou des enseignants.

  • Au niveau académique, un conseil technique ASH est créé pour soutenir et assurer le suivi et l'accompagnement des mesures en lien avec l'IEN-ASH et les services académiques départementaux.

  • Au niveau national, un comité de suivi a vu le jour le 17 juillet 2019. Il permettra d'évaluer la situation des académies, des départements et d'accompagner les évolutions et le pilotage du déploiement de « l'École Inclusive ».

5.L’analyse du SNALC

Soyons lucides.

Derrière les PIAL, il y a avant tout la rationalisation de la gestion des AESH. En effet, face à l’explosion des notifications de la CDAPH, les effectifs des AESH ont considérablement augmenté ces dernières années : il fallait trouver une solution afin de réaliser des économies budgétaires.

D’ailleurs, avec l’avènement des PIAL, l’accompagnement mutualisé des élèves devient la norme et l’accompagnement individualisé l’exception.

Même si le ministre s’en défend, le rapport de « la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés dans l’école et l’université de la République » montre clairement que l’accompagnement mutualisé prévaut dans les PIAL.

Certaines CDAPH se sont même « engagées à privilégier l’aide mutualisée» (pages 157 à 160 du rapport).

Le SNALC s’est forgé son avis, les économies budgétaires sont encore à l’honneur, au détriment des élèves et des conditions de travail des AESH.


De plus, la très courte expérience de cette structure nous montre que la flexibilité annoncée reste un concept que l’on peut interpréter...

Dans l’établissement d’une de nos adhérentes, les AESH ont été prévenues qu’aucun renfort n’arriverait si de nouveaux élèves en situation de handicap étaient inscrits au sein du PIAL en cours d’année. Les élèves déjà présents se verront donc enlever immédiatement des heures d’accompagnement. Effectivement, la flexibilité sera là, mais le SNALC ne l’imaginait pas ainsi !

Ailleurs, des AESH sont désœuvrés car moins d’enfants que ce qui était prévu sont là. La crainte de manquer de moyens humains dans les mois à venir freine l’équipe à déclarer à l’administration ce « trop-perçu humain ». Et en même temps, des enfants peuvent avoir besoin de ces accompagnants dans d’autres établissements !

Au SNALC, nous refusons que la flexibilité se fasse au détriment des AESH. Nous serons particulièrement attentifs aux modifications intempestives d’emploi du temps, de quotité ou d’établissement d’exercice.

En ce qui concerne les différents outils mis à disposition des équipes, vous devez pouvoir les consulter. Pour accéder à la plateforme « Cap école inclusive » qui présente des ressources précieuses, vous devrez être en possession de votre adresse email académique qui a dû vous être remise à la signature de votre contrat. Si ce n’est pas le cas, contactez votre correspondant du SNALC.

Venons-en maintenant au fonctionnement même du PIAL.

À peine la rentrée est-elle passée que libre-interprétation des textes et autres dérives fleurissent déjà sur le territoire.

Dans le Sud-Ouest, l’administration a confondu AESH référent et coordonnateur du PIAL. Des AESH occupent donc une mission de coordonnateur 6 heures par semaine sans bureau, sans ordinateur ni connexion Internet, sans fiche de poste ni consigne claire de ce qu’on attend d’eux…

Au Nord-Est en revanche, il a été répondu à une AESH demandant l’identité de son coordonnateur qu’il n’y en avait pas et que cette décision avait été prise en concertation avec l’IEN. Après enquête, il est apparu que personne n’a voulu du poste !

Quant aux PIAL expérimentaux, même si la vitrine est belle, le SNALC s’inquiète.


Les soins proposés par les « brigades mobiles » sont jusqu’aujourd’hui prodigués le plus souvent dans des établissements spécialisés (IME, ITEP…). Enseignants spécialisés, acteurs médicaux et médico-sociaux, environnement adapté, taux d’encadrement élevé et moyens à la hauteur des besoins des élèves y sont réunis.

L’inclusion n’est souhaitable que si elle est bénéfique et profitable aux enfants. Elle ne doit pas être un prétexte à supprimer des postes dans l’enseignement spécialisé, le médico-social et le médical.

Or, la mise en place de ces expérimentations adossées à la logique de rentabilisation des PIAL nous fait craindre une disparition rapide des structures spécialisées à des fins comptables et non d’efficacité.

Concernant l’évaluation des PIAL, nous regrettons au SNALC que la commission de suivi des projets de scolarisation ne prenne pas en compte les demandes émanant des AESH qui sont aux avant-postes de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Nous le ferons savoir.

Enfin, gageons qu’avec des instances d’évaluation à trois niveaux différents, le ministère pourra fournir à la fin de cette année scolaire une évaluation transparente de la mise en place des PIAL…

Les PIAL ont été mis en place dans la précipitation et la rentrée a été des plus agitée.

Ils ne sont pas pour l’instant source de la simplification annoncée pour les AESH.


Vous pouvez compter sur le SNALC. Nous sommes à vos côtés et nous ferons tout pour que vous ne soyez pas pénalisé par ce nouveau système.
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