108h ? 150 et même plus !

108h ? 150 et même plus !

108h ?

150 et même plus !






Par Ange Martinez, élu SNALC CAPD Var, angemartinez.snalc@gmail.com




Les 108 heures : mauvaises habitudes et renoncement

Les 108 heures sont depuis longtemps un fourre-tout dans lequel l’institution agglomère tout ce qui n’est pas réalisable dans le temps imparti et qui ne saurait être en aucun cas rémunéré au titre des heures supplémentaires. Entre ce qui doit bel et bien être fait au nom du fonctionnement de l’école et ce qui relève de la machine médiatique hiérarchique (enquête^s, prise d’indicateurs etc.), les enseignants du premier degré sont une fois de plus mis inutilement sous pression. Des mauvaises habitudes ont été prises, mais il ne faut pas pour autant baisser les bras : l’administration ne peut pas nous (sur)charger sans fin.

Et une tâche de plus, une !

Non content de s'assurer notre mise sous tutelle par l’IEN de circonscription, le ministère repasse derrière pour vérifier que le troupeau est bien gardé. Vous aurez apprécié comme nous le message plein d'attention à notre égard, et surtout très insistant, concernant le retour des évaluations CP-CE1. La teneur du rappel étant plus que jamais infantilisante. Il est donc écrit " Vous effectuez en ce moment la passation des évaluations nationales avec vos élèves...» ; "la saisie des résultats doit s’achever le vendredi 11 octobre." C'est déjà assez insupportable mais ce n'est rien comparé aux 33 pages du guide de saisie et de restitution. Long, laborieux : rien ne nous est épargné et ce tutoriel ne vise qu'à expliquer et non simplifier la saisie qui pourrait être évitée si l'outil avait été conçu pour évaluer les élèves et non pas occuper les professeurs des écoles à s'approprier un outil imposé, contraignant et jamais facilitant.

L’octroi de 5 heures de déduction à cet effet n'est qu'un pourboire au vu de la dépense horaire inhérente à ce système d'évaluation mal pensé depuis le début. Quand on dépasse les 25 heures sur un outil bâclé et que notre statut de fonctionnaire nous contraint à nous acquitter de la tâche, autant que celle-ci soit rémunérée à la hauteur du temps passé. Rappelons-nous les 400 euros de prime pour les corrections des évaluations CE1-CM2 de 2009 à 2013. Serions-nous devenus bénévoles depuis ? De même, s’il y a 1 vague d’évaluation en CE1 (donnant droit à la déduction de 5h), il y en a en revanche 2 en CP. Pour un gain de seulement 5h ? Aberrant ! Et n’oublions pas les liaisons GS-CP et MS-GS-CP afin d’analyser les résultats des évaluations pour justifier cet outil qui est en réalité un véritable joug.

Merci qui ? Merci Villani !

Toutes les écoles ne sont pas touchées. Pas pour le moment. Mais ça ne saurait tarder : le plan Villani-Torossian sera appliqué partout. Dans le PAF (Plan Académique de formation), le plan Villani-Torossian occupe parfois à lui seul 18 h de formation continue obligatoire. À ceci s’ajoutent les inévitables visites en classe, véritables instruments de contrôle (et de flicage) et les retours des visites au sein des écoles. À elle seule, cette formation fait exploser le quota que nous devons à l’institution. Certains IEN, pour faire passer la pilule de ce dépassement, intègrent le bilan et les visites en classe inhérentes au plan Villani-Torossian à la journée de solidarité. 27 heures au total pour cette formation dans le pire des cas. Un comble ! Et pour les plus zélés, on y ajoute encore des heures de formations propres au désidératas pédagogiques de l’IEN de circonscription. Il arrive donc que les 108 heures montent jusqu’à un total de 150 heures. Les directeurs pourraient, diront les esprits les plus taquins, esquiver cette farce. Malheureusement pas car comme tout professionnel impliqué et investi d’une mission, ils se sentent obligés moralement de suivre la formation Villani-Torossian pour maîtriser le sujet à minima et assurer ainsi le pilotage pédagogique de leur école. La profession ne doit en aucun cas accepter ces dépassements qui relèvent ici de caprices d’énarques et desservent le terrain.

Moteur d’inégalité entre primaire et secondaire

Une fois n’est pas coutume, le primaire est malmené. Pour preuve, les réunions de liaison CM2- 6ème qui sont rémunérées en heures supplémentaires pour les professeurs de collège certifiés mais ne le sont en aucun cas pour les Professeurs des Ecoles à qui l’administration brandit, une fois de plus, l’épouvantail des 108 heures. N’omettons pas les interminables conseils de cycle qui mobilisent également les enseignants de CM1 à cet usage. Toujours plus de dépassements horaires non rémunérés pour le primaire là où le second degré peut au moins se consoler avec la rétribution de ces heures supplémentaires.

N’oublions pas les tâches ordinaires

Cette année, le projet d’école arrive à échéance et il faudra compter sur l’insatisfaction habituelle de l’IEN de circonscription pour faire réécrire à l’équipe une énième mouture de ce document qui, une fois validé, passe 4 ans sous scellés à s’affiner dans une armoire, subissant plus la poussière que favorisant la réussite éducative. Le directeur d’école a quant à lui bien des casquettes et doit s’acquitter de tâches administratives de plus en plus nombreuses. Devenu expert sécurité (autodidacte, vous l’aurez compris), il doit rédiger des documents de plus en plus complexes en lieu et place de spécialistes auxquels l’Education nationale ne fait même plus appel. Et les adjoints sont noyés sous les documents à produire dans le cadre des projets, des sorties et du suivi d’élèves qui relèvent de leur champ de compétence pour la simple et unique raison que l’Education nationale a fait l’économie d’enseignants spécialisés et de structures adéquates. Ainsi, l’élève concerné souffre dans un environnement qui est tout sauf rassurant pour lui, les 26 camarades de classes souffrent (entre coups et morsures) et l’enseignant (mordu et griffé lui aussi) souffre également et n’a pour seule issue que…le burn-out ! Plus qu’un projet d’évolution professionnelle : une sinécure.
Vous l’aurez compris : la coupe est pleine et le SNALC est plus que jamais déterminé à se faire entendre auprès d’un gouvernement qui nous a fait passer le cap de l’esclavagisme.




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