LA DANGEREUSE PÉDAGOGIE DE PROJET

LA DANGEREUSE PÉDAGOGIE DE PROJET

LA DANGEREUSE PÉDAGOGIE DE PROJET

Guillaume LEFEBVRE
Secrétaire national à l'enseignement professionnel
pedagogie@snalc.fr
11 octobre 2019

Au moment de sa présentation de la réforme de la voie professionnelle en mai 2018, le ministre de l’Éducation Nationale louait l'adaptation pédagogique des PLP. Ces derniers sont un "exemple pour mettre en œuvre des pédagogies adaptées" aux différents types de publics hétérogènes en lycées professionnels et SEGPA. Déjà rodés à la pédagogie de projets dans le cadre des PPCP (Projets Pluridisciplinaires à Caractère Professionnel) en CAP et les EGLS (Enseignements Généraux Liés aux Spécialités) en Bac Pro, cette nouvelle Réforme imposée au pas de charge et sans la moindre concertation instaure la généralisation de la pédagogie de projets au détriment de la transmission de connaissances fondamentales à la fois en matière générale et professionnelle.

En effet, les élèves de la voie professionnelle seront soumis à des situations de compétences dans des projets pédagogiques pluridisciplinaires qui doivent venir des élèves et leur permettre de se réaliser avec la réalisation d'un projet personnel.

La réforme de la voie professionnelle met en place des dispositifs qui sont au service de la pédagogie de projet ; Ainsi, l'AP, la cointervention et le chef d’œuvre occupent désormais la majorité des heures de formation en Lycées Professionnels. Ces heures ont été expropriées sur les heures de disciplinaires. La baisse du nombre d'heures par discipline observée en Bac Pro (perte de 300 heures sur 3ans) est aggravée par la diminution des heures de cours traditionnels en faveur de ces 3 dispositifs. Le règne de la pédagogie de projets est systématisé. Cette pédagogie adaptée et pragmatique est amplifiée avec la mixité des publics qui se généralise en classe avec la coexistence d’élèves et d’apprentis qui ne fonctionnent pas selon le même rythme scolaire. Là aussi, le travail de préparation et la progression demande un travail en amont différencié.

A l'instar des EPI en collège, la pédagogie mise en place est un projet d'enseignement commun qui n'a pour objectif que de développer des compétences ramenées à leurs essences la plus simple.

La présentation est magnifique mais l'application et l'apport pour les élèves de ces objectifs de formation sont limités et incomplets. La pratique professionnelle est paradoxalement déconsidérée en faveur de la théorie avec des heures de TP en moins et des projets peu en adéquation finalement avec les référentiels trop ambitieux pour le public hétérogène et une organisation inefficace.

Les élèves ne sont pas les seules victimes de cette systématisation de la pédagogie de projets. Les professeurs de lycées professionnels se voient imposer inévitablement des conditions de travail et de préparations insupportables.
En conséquence, les PLP, soucieux d'adapter au mieux leur enseignement, se voient obligés de revoir leur enseignement et d'augmenter leurs heures de préparation et de suivi. La mise en place de ces projets impliquent une réflexion et une élaboration conjointe en amont. Cet enseignement concerté se concrétisent par la production de fiche de suivi avec des étapes bien définies et une évaluation individualisée détaillée et adaptée à chaque projet pour le chef d’œuvre.

La cointervention présuppose en plus une concertation avec des croisements de compétences selon le diplôme et les enseignants de la partie professionnelle impliqués ; Les fiches descriptives de situation sont chronophages et entraînent la mise en place de scenarii qui augmentent le temps de présences dans établissement. D'ailleurs, on constate une flexibilité des EDT avec la création de barrettes pour l'enseignement de la cointervention puisque les enseignants concernés doivent dispenser leur cours en même temps sur une même classe. Cette souplesse des modalités d'enseignement est la raison de la détérioration des conditions de travail des PLP qui ne sont pas payées en plus pour ces heures de concertation.

Le SNALC a bien veillé que les créneaux de cointervention des 3 premières semaines soient bien banalisés pour permettre aux collègues de préparer en amont leurs interventions. De plus, les représentants PLP du SNALC au comité de suivi de la Réforme, qui ne se fait pas sans de multiples constats de ratés ainsi que d’abus des chefs d’établissements, ont démontré la surcharge de travail et demandé le paiement de ces heures déjà trop nombreuses. Cette réforme, qui est davantage budgétaire que structurelle pour une formation qui vise soi-disant l’excellence, ne se fera pas sur le dos des élèves et des PLP qui malgré leur conscience professionnelle reconnue et leur adaptabilité pédagogique ne sont pas taillables et corvéables à merci.
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