COMITÉ DE SUIVI : LE PÉDAGOGISME EST BIEN VIVANT

COMITÉ DE SUIVI : LE PÉDAGOGISME EST BIEN VIVANT

COMITÉ DE SUIVI : LE PÉDAGOGISME EST BIEN VIVANT

Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1437
Par Sébastien VIEILLE,
secrétaire national chargé de la pédagogie,
Le 28 janvier 2020




Un cerveau fonctionne bien avec deux hémisphères. On voit beaucoup mieux avec deux yeux. Mais, alors qu’au fil des réformes depuis 2015 se dégagent clairement deux pôles syndicaux avec d’un côté les « réformistes » (disons plutôt les « pédagogistes ») et de l’autre les défenseurs des disciplines et des connaissances, le ministère semble devenu borgne. Deux décisions s’appuyant sur les réunions du comité de suivi nous amènent à cette conclusion.



L’ANGLAIS, UNE LANGUE PAS COMME LES AUTRES. MAIS POUR QUOI ?


Comme d’autres langues vivantes, l’anglais sert de support à la spécialité LLCER. Une spécialité liant la langue à la littérature et donc à la culture, sur le postulat que langue et culture sont les deux faces d’une même médaille. Mais voilà que désormais, l’anglais bénéficiera d’une autre version de la spécialité, plus axée sur l’étude de textes journalistiques et sur des problématiques contemporaines. Réclamée par le SEUNSA, cette deuxième version interroge et pose problème à plus d’un titre.

POURQUOI UNE TELLE SPÉCIFICITÉ ?

Difficile de ne pas s’interroger sur la raison de ce ‘traitement de faveur’ réservé à l’anglais. Comme si les autres langues n’étaient là que pour la culture personnelle ; alors que la langue de Shakespeare, c’est autre chose. C’est du sérieux, de l’économique, du sociétal.

QUE VA-T-ON Y METTRE ET POUR QUOI FAIRE ?

Pour l’heure, évidemment, nous n’avons qu’une annonce. Pas encore de programme. Mais, alors que le SNALC avait fait des propositions lors de la conception des programmes afin d’allier littérature et culture historique dans les spécialités de différentes langues, nous nous interrogeons sur la pertinence d’une telle création.

EN QUOI L’ÉTUDE DE TEXTES JOURNALISTIQUES ET CONTEMPORAINS FAIT-ELLE UNE SPÉCIALITÉ ?

En effet, en LVA ou LVB, c’est déjà clairement ce que les programmes et leurs fabuleux axes culturels nous amènent à faire. Gageons que nous verrons apparaître de grandes notions, voire des axes, ou des thèmes problématisés pondus par des bisounours chevauchant des licornes et que l’on nous collera de l’actionnel, du numérique en oubliant qu’une langue, c’est aussi un lexique et une structure linguistique. Arguant du caractère culturel de la spécialité, le SNALC avait réussi à gommer « l’approche actionnelle » des programmes de terminale, soyons sûrs que cette deuxième version donnera l’occasion aux béats du CECRL – qui ont lu sans comprendre – de la réintroduire.



DE NOUVELLES FONCTIONS ET DE NOUVELLES RÉUNIONS ! MERCI QUI ?


Evidemment, avec le nouveau système et ses spécialités, ça coince au niveau des conseils de classe. Eût-il fallu les faire en amphithéâtre ou par visioconférence ? Le SNALC avait proposé l’idée toute bête – mais ô combien intelligente – que l’on n’imposât pas aux collègues ayant moins de 10 élèves d’assister au conseil et qu’on les laissât participer par le biais d’un écrit confié au professeur principal, voire à un représentant pour la spécialité.

Le ministre semble n’avoir entendu qu’un versant des débats qui ont eu lieu au comité de suivi. En effet, il a retenu deux idées.

ET SI ON CRÉAIT UNE NOUVELLE INSTANCE ?

On verrait donc naître des « conseils de spécialités ». Sans doute en amont des conseils de classe ; alors qu’il aurait été simple de ne pas formaliser un tel objet, de faire confiance aux enseignants. Les pédagogistes s’en pourlèchent les babines. Des réunions ! Chic, chic, chic ! Le SNALC pense aux professeurs principaux, qui sans doute devront ‘animer’, ainsi qu’aux collègues qui sont sur une spécialité, mais aussi dans le tronc commun... en gros, tout le monde.

ET SI ON FAISAIT UN « MILLE-FEUILLES » ?

En plus de cette piste, le ministre veut mettre en place une idée chère au SEUNSA et au SGEN-CFDT : des professeurs référents pour des petits groupes d’élèves. Loin de détruire le concept de professeur principal, ce nouveau concept va créer une nouvelle strate. Sans doute pilotés par le PP, ces référents assureront un suivi au plus près de l’élève. Mais au plus près de quoi ? Faudra-t-il tout connaître de la quinzaine – ou douzaine – que l’on suivra ? Quels seront les rôles des CPE ou des Psy-EN dans tout cela ? Si l’on prend un établissement de mille élèves ou enseignent quatre-vingt enseignants, on voit que chaque enseignant deviendra ‘tuteur’, ou ‘mini-PP’, avec – n’en doutons pas – autant d’entretiens individuels, de rencontres avec les parents, d’aide à l’orientation qui s’ajouteront à l’existant. Encore plus de réunions, moins d’importance accordée à l’acte de transmettre et plus à un accompagnement nébuleux mais omniprésent, que les pédagogistes soient rassurés. En 2017, d’aucuns leur promettaient l’hallali, osons la litote : l’annonce de leur mort était grandement exagérée.

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