LE CARNAVAL DES FOLS

LE CARNAVAL DES FOLS

LE CARNAVAL DES FOLS



Hommage à Umberto Eco et à son « nom de la rose »



©Artiste Allemand inconnu


Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1438,
Par Francois BLONDEL, , secrétaire académique du SNALC Strasbourg
20 février 2020





Puisse ma main ne pas trembler à l’heure où je m’apprête à faire le récit des prodigieux événements qui marquèrent d’un sceau funeste notre royaume en cette année 2019.


En effet, depuis plus d’un demi-siècle, des mages contrefaits propageaient de fausses et nuisibles doctrines qui infectèrent le peuple des écoles aussi sûrement que les miasmes pesteux qui frappèrent notre royaume il y a bien des siècles. Que proclamaient ainsi ces faux prophètes ? Que l’escholier n’apprenait rien du maître, mais construisait lui-même ses savoirs. Idée à la fois sotte et dangereuse qui conduisit à la ruine de toute science et à l’abêtissement des esprits, au grand profit de nos princes qui se gardaient bien d’appliquer à leur propre progéniture cette doctrine insensée et ridicule.

Ainsi fut déconsidéré le maître, condamné à n’être qu’un amuseur public, un bouffon moqué et méprisé. Notre royaume prit l’aspect d’un monde inversé, un carnaval des fols où l’enfant fut considéré comme l’égal du maître, le maître apprenant de son élève, qui ne sachant de ce fait rien, resta plongé dans une ignorance telle que les fondements même du royaume en furent ébranlés. C’est ainsi que fut brisée la chaîne multiséculaire de la diffusion du savoir qui voulait que chaque génération transmît la sagesse qui lui était propre. Nous étions des nains juchés sur des épaules de géants, proclamèrent les générations de jadis. Nous sommes des géants piétinant des nains, affirment nos contemporains.

Devant l’ampleur du désastre, nos princes s’enfermèrent dans leurs fausses certitudes et traitèrent par le mépris toute velléité de contestation de cette doctrine hérétique. Ils se mirent alors à déraisonner de manière prodigieuse, frappés finalement par cette ignorance et sottise qu’ils avaient eux-mêmes initiées. Aussi, leurs clercs en vinrent à mépriser les lois qu’ils avaient rédigées de leur propre plume et, pris par l’hubris, ils se mirent à considérer que leur parole insensée devînt force de loi. Mundus senescit, ce monde vieillit et arrive à présent au terme de son agonie.

Puisse le SNALC contribuer à la renaissance à venir .


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