L’ENSEIGNEMENT AUJOURD’HUI : UNE VRAIE MASCARADE

L’ENSEIGNEMENT AUJOURD’HUI : UNE VRAIE MASCARADE

L’ENSEIGNEMENT AUJOURD’HUI :



UNE VRAIE MASCARADE





Article paru dans la Lettre pédagogique n°4,
Par Eugénie de Zutter, , secrétaire académique du SNALC Reims
28 février 2020





Il est désormais monnaie courante d’avoir en classe des élèves qui ne comprennent pas un texte simple, ne savent pas construire une phrase au présent de l’indicatif ou différencier le sujet du verbe. Pire, ce profil d’élève est même devenu la norme, plutôt que l’exception, sur les bancs de nos écoles. Et il n’y a pas que les professeurs de lettres qui s’en plaignent : toutes les équipes éducatives le constatent, ce qui suscitent régulièrement des discussions désabusées en salle des professeurs.


Ces élèves, devenus étrangers à leur propre langue, sont de ce fait imperméables et insensibles aux mots et aux arguments. Auprès d’eux, la raison, fondée sur la capacité à mettre des mots sur les choses et donner un sens construit à une réflexion, ne peut plus être un moyen pédagogique. La langue française et toute sa palette de subtilités, de nuances, de formules rhétoriques sont devenues à ce point inaudibles que la transmission est de fait impossible.

Face à ce type de public, comment continuer à exercer le métier de professeur ? Au lieu d’affronter le problème à la racine, l’institution, comme toujours, préfère le contourner. En effet, elle a ces dernières années mis en place tout un panel de solutions « miraculeuses » » pour masquer la triste réalité. Par exemple, elle recommande aux professeurs de mettre en place des projets en tous genres, ce qui revient à éviter de faire réellement cours. Il leur est aussi conseillé d’égayer leurs cours avec des gadgets informatiques dont l’inefficacité n’a d’égale que leur nocivité, aujourd’hui scientifiquement prouvée*. Et évidemment, la façon d’évaluer est sans cesse modifiée : les professeurs doivent remplacer leurs méchantes notes discriminantes par de gentilles compétences aux dénominations abracadabrantes. Et si jamais les résultats ne sont pas jugés assez bons, les professeurs, forcément seuls responsables, se sentent obligés de gonfler artificiellement leurs moyennes (en donnant le sujet du contrôle la veille, en ne comptant pas dans la moyenne une évaluation trop mauvaise…). Tout cela avec des heures de cours continuellement grignotées : semaines à thème (semaine de la presse, semaine du goût…), matinées banalisées (laïcité, harcèlement…), protocole « lecture pour tous » pendant les heures de cours, spectacles et exposés sur des thèmes non scolaires (risques auditifs, sécurité dans les trains et dans les bus…).
Voilà comment, aujourd’hui, un professeur doit travailler. Cela ressemble à tout sauf à de l’enseignement. C’est en fait une vaste mascarade dans laquelle le professeur, qui a pourtant passé un concours difficile, d’une part se retrouve face à des élèves auxquels il ne peut plus accéder par la langue de Molière et d’autre part subit des pressions de sa hiérarchie pour se comporter comme un gentil animateur. Cette situation met à mal l’honnêteté professionnelle de nombreux collègues et les conduit à éprouver un sentiment d’imposture : ils ne se reconnaissent plus aujourd’hui dans les conditions d’exercice du métier qu’ils ont pourtant choisi par vocation. Tout cela est psychologiquement éprouvant.

Il est donc urgent de redonner à notre profession et à notre langue leurs lettres de noblesse. Heureusement que l’on peut compter sur le SNALC, et seulement lui, pour cela. C’est le message que porte régulièrement le SNALC au sein du Comité technique ministériel. De plus, ses représentants dans les académies accompagnent efficacement les collègues qui en ont assez de cette école qui n’en porte plus que le nom.

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*A lire d’urgence : Michel Desmurget, La Fabrique du crétin digital, Seuil, 2019




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