CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE DANS LES LYCÉES PROFESSIONNELS : L’IRONIE AMÈRE DE LA SITUATION

CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE DANS LES LYCÉES PROFESSIONNELS : L’IRONIE AMÈRE DE LA SITUATION

CONTINUITÉ PÉDAGOGIQUE DANS LES LYCÉES PROFESSIONNELS :
L’IRONIE AMÈRE DE LA SITUATION


Par P.RICHARD
PLP Lettres/Histoire
Académie de Lyon
plp@snalc.fr
Le 5 mai 2020

« Je vous parle d’un temps que les moins de … »
Ah non ça ne marche pas il suffit juste de remonter à l’année dernière !
L’année dernière en effet, mais nous avons l’impression que cela remonte à une éternité.

1ᵉʳ épisode

Souvenez-vous de la préparation de la rentrée 2019, en mars-avril de l’année dernière, quand nous nous arrachions littéralement les cheveux lors la mise en place des co-interventions, des chefs d’œuvre, quand nous découvrîmes que les enseignements généraux allaient être réduits à des portions pire que congrues, afin d’appliquer des nouveaux programmes souvent hors sol…

Comme d’habitude, nous nous étions débrouillés vaille que vaille et nous y étions parvenus entre mars et septembre (après quand même des dizaines d’heures de concertation entre collègues prises essentiellement sur notre temps libre).

Certes à la rentrée de septembre 2019 les modalités de passation de l’examen restaient totalement floues. Mais dans les LP on a l’habitude que nos gamins de CAP passent toujours après les autres, comme la 5e roue non pas du carrosse (on parle de l’Education Nationale…) mais de la 2 cv … Finalement on en sut plus un mois après la rentrée (pour les cap) et en février 2020 (pour les bac professionnels)

Plus tard vers novembre décembre, au moment des DHG nous avons appris que dans nombreuses sections les effectifs des entrants CAP allaient être gonflés dès la rentrée 2020 ! Youpi !
Alors nous nous sommes inquiétés dans de nombreux établissements de ce gonflement imposé des classes : on nous répondit que trop d’ex-troisièmes avaient été laissés sur le carreau à la rentrée 2019. Soit !
Certes le risque était accru de voir se multiplier les décrocheurs, mais à cet argument avancé, dans la plupart des académies, les personnels se firent littéralement « envoyés sur les roses » : si on n’y arrivait avec seulement 24 élèves c’est que nous refusions d’appliquer les méthodes pédagogiques ad-hoc ! : Classes inversées, travail en îlots, différenciation des méthodes de travail voire individualisation.

En clair, malgré la présence d’allophones ou d’élèves arrivés en France il y a seulement 1 ou 2 ans, de divers dys- plus ou moins bien détectés auparavant, plus d’autres élèves qui étaient en classe uniquement parce que la formation pour le métier rêvé était archi-demandée (et les places trop limitées) , si nous ne parvenions pas à limiter le nombre de décrocheurs , c’est que simplement nous étions de mauvais professeurs …

En Lp les profs ont le cuir épais, et l’habitude d’être méprisés (leurs élèves aussi). : cette CVP ( cette Transformation devenue Casse de la voie professionnelle) restreint le choix des métiers par des rapprochements insensés de filières au sein de familles de métiers souvent aberrantes , elle diminue les horaires de l’enseignement général jusqu’à les rendre parfois symboliques (les LV2 en Bac pro, le Français en Terminale Bac l’Histoire géo en cap ) dans le but à peine dissimulé de restreindre les possibilités de poursuites d’études par la baisse continue et assumée de la culture générale…

2ᵉ épisode :
En janvier-février , nous avions déjà prévu de nous ré-arracher les quelques cheveux qui avaient repoussé depuis l’année dernière en prévision de la montée en puissance de la TVP (terminale cap plus premières Bac pro) en plus des classes d’entrants. Les premiers conseils d’enseignement dès fin janvier étaient souvent … tendus (j’adore les euphémismes…)

3ᵉ épisode de la série épique :
Et soudain au retour des vacances d’hiver de la zone A les évènements se sont précipités en une semaine de mars TOUT s’est arrêté. Vous connaissez la suite donc passons directement à la mi-avril …

13 avril 2020 : Miracle ! Notre dirigeant suprême semble avoir eu une illumination !
Il existerait donc des employés et ouvriers qui assurent le quotidien et l’approvisionnement pendant le confinement : des employés de la poste, des éboueurs, des caissières de supermarché, des livreurs à domicile, payés au lance-pierre, souvent à temps partiel imposé, protégés fréquemment du virus par des masques de fortune. Mal payés comme les derniers de cordée … si si ! [NDLR fréquemment des ex-élèves passés par les LP, LEP voire CET]
Ce n’est pas un bruit ni une de ces fake-news propagées par de méchants complotistes à la solde de la Russie …

15 jours avant , notre grand timonier avait aussi subitement découvert le (très) pénible labeur des soignants français sous payés eux aussi alors qu’ils manifestaient une saine colère depuis parfois une année.
Bravo pour cet éclair de lucidité cher président !!

Brusquement, notre Président si bienveillant ne nous a plus parlé des premiers de cordée (sic) de la théorie du ruissellement (re sic) de juste avoir à traverser la rue pour trouver un boulot (re re sic) , il a semblé se rendre compte que la quasi-intégralité de son programme électoral de 2017 était juste bon à jeter à la poubelle. Sans le reconnaitre ouvertement, n’en demandons pas trop…
Ça doit être compliqué d’admettre qu’on est dans l’erreur depuis des années….

Par ricochet, quelques minutes après il semble réaliser que la magnifique continuité pédagogique laisse de côté certains élèves (manque d’équipement ad-hoc ou démotivation…), souvent de lycées professionnels : il a donc découvert l’existence des décrocheurs sans reconnaître pour autant que ce sont les politiques successives menées contre les L.P et spécifiquement la sinistre T.V.P actuelle qui multiplient le nombre de ces « décrocheurs », élèves dans des sections professionnelles souvent par défaut.

Alors oui, le 13 avril peu après 20H02, comme beaucoup d’enseignants en lycée professionnel, j’ai ressenti comme un goût saumâtre dans la bouche.

Oser arguer de la multiplication des décrocheurs depuis le 16 mars pour justifier l’annonce d’un retour précipité dans les établissements scolaires dès le 11 mai, c’est drôlement culotté !…

Certains osent tout …

Et d’autres en rajoutent en nous accusant de manque d’esprit civique (F. Bayrou) parce que nous sommes …. seulement réticents

Et pourquoi pas de désertion face à l’ennemi pendant que nous y sommes ?


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