NUMÉRIQUE : NOS ÉTATS GÉNÉRAUX

NUMÉRIQUE : NOS ÉTATS GÉNÉRAUX

DOSSIER DU MOIS QU1446




NUMÉRIQUE :

NOS ÉTATS GÉNÉRAUX








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DOSSIER DU MOIS paru dans la Quinzaine universitaire n°1446 du 13 novembre 2020
Dossier coordonné par Sébastien VIEILLE (secrétaire national chargé de la pédagogie). Avec la collaboration de François BLONDEL (secrétaire académique SNALC Strasbourg), Laurent BONNIN (secrétaire national EPS), Elise BOZEC-BARET (responsable nationale CNED), Amandine CASSARD (SNALC Aix-Marseille), Sylvie CHIARIGLIONE (Bureau national et secrétaire académique SNALC Corse), Eugénie DE ZUTTER (présidente SNALC Reims), Philippe LENCROZ (SNALC premier degré), Véronique MOUHOT (SNALC premier degré).





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Alors que nous sommes dans un confinement qui pour l’heure ne touche pas l’Éducation nationale – mais dégrade nos conditions d’enseignement – et que Samuel Paty est mort après des appels à la haine sur les réseaux sociaux, notre institution a ouvert la grand-messe des États généraux du numérique.

Le SNALC avait des craintes sur ce raout. Elles étaient en deçà de la réalité. Les replays sont disponibles sur le site des États généraux. Nos lecteurs peuvent aussi aller voir notre compte rendu (www.snalc.fr/national/article/6065/). Nous préférons, dans ces pages, laisser des enseignants du premier et du second degré livrer leur vécu, leur ressenti face à l’entrée du numérique dans nos pratiques pédagogiques.

Car dans les deux jours qui auront marqué la concrétisation des États généraux du numérique dans l’Éducation nationale, on aura entendu quelques scientifiques, l’UNESCO, l’OCDE, des membres du ministère et même des représentants d’entreprises numériques françaises prêtes à « offrir » des solutions pédagogiques.

Mais des enseignants, le SNALC en a peut-être croisé une paire, noyée dans des ateliers où, eu égard aux questions traitées, ils n’avaient rien à dire. Au moins, le SNALC n’oublie pas qui sont les pédagogues et nous savons leur donner la parole



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LE NUMÉRIQUE ET LE (RE)CONFINEMENT


Le confinement de mars dernier et l’éventuel reconfinement devraient nous faire réfléchir à la place du numérique dans ce type de contexte. Comment continuer à enseigner efficacement lorsque nous ne sommes pas face à nos élèves ?

Il faut tout d’abord que professeurs et élèves disposent de bons outils. Or, lors du confinement, des collègues, en particulier les stagiaires, n’étaient même pas équipés pour travailler de chez eux et il n’est pas sûr qu’ils aient aujourd’hui les moyens de le faire. Même équipés, les collègues ont pu constater l’inefficacité des outils numériques mis à disposition par l’Éducation nationale (saturation rapide du réseau en période de pointe, limites trop restrictives sur les tailles de documents …).

Il faut cependant souligner la nécessité d’utiliser de manière raisonnée les outils numériques. Nous nous souvenons tous des journées entières passées derrière nos écrans pour essayer d’assurer la fameuse continuité pédagogique, pour répondre aux questions légitimes des élèves, corriger leurs travaux ou encore adapter nos cours à une pédagogie virtuelle. Ce face-à-face permanent avec l’écran est épuisant pour l’enseignant, et risque d’aggraver l’usure mentale d’élèves dont la consommation de numérique récréatif est souvent très élevée, et plus encore lorsqu’ils sont bloqués chez eux. Cela suppose par ailleurs que l’on ait affaire à des élèves autonomes capables de se contrôler et d’avoir d’autres loisirs.

Enseigner à distance efficacement exige également que les professeurs possèdent des moyens de pression sur leurs élèves. Ils devraient pouvoir s’assurer par exemple que tous ont bien suivi le cours. Ils devraient pouvoir les évaluer à distance et non se voir imposer une clémence de rigueur par l’administration, distribuant passages et examens à tous, même à ceux qui n’avaient absolument rien fait.

Enfin, l’enseignement à distance ne peut être efficient que si on garde en mémoire que c’est une solution temporaire et qu’un cours à distance ne pourra jamais remplacer un cours fait en classe. Beaucoup veulent croire que l’enseignement à distance peut devenir la nouvelle norme. Or, un enseignant dispensant son savoir face à des élèves dans une salle de classe reste le meilleur levier pédagogique de compréhension et de progression.

Si nous devons à nouveau être confinés, sans réflexion préalable, tous les travers énoncés ci-dessus se reproduiront, au détriment en premier lieu des élèves





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LE NUMÉRIQUE, CE NOUVEAU PÉDAGOGUE

DONT LE PROF EST L’OUTIL



La robotisation de notre École est en cours, nous contribuons à l’installer chaque jour davantage.


De l’outil informatique qui facilite la vie et fut la grande révolution de la fin du siècle dernier à l’actuelle marche forcée vers le numérique éducatif qui transforme les salles de classe en cockpits, les élèves en geeks analphabètes et les profs en opérateurs sommés d’actionner les machines, l’école est devenue un marché pour les vendeurs de hardware, software et applications.

En quoi consiste notre quotidien ? En une surenchère de pratiques numérisées où la brebis galeuse doit sortir du système si elle ne souhaite pas se connecter. Que devient l’enseignant qui envisage de débrancher son ordinateur pour évoquer la liberté d’apprendre au seul contact d’une feuille de papier ? Il est mis en demeure de s’adapter à la digitalisation des esprits ou de quitter le pays !

Les néo-titulaires sont formés à la pédagogie numérique ce qui laisse présager une épuration rapide des dinosaures nés au siècle dernier, adeptes de peintures rupestres quand le stylet électronique s’impose désormais sur un tableau crypté comme le doigt sur une tablette qui n’est plus en argile. L’enseignant n’est plus autorisé à penser pour produire un scénario de transmission des savoirs. On lui substitue des plateformes en tous genres dont les pouvoirs interactifs humanisent peu, en fin de compte, la machine qu’elles abritent. Leurs diverses fonctionnalités séduisent l’homme qui oublie qu’un moteur réfléchit à sa place et de fait, standardise ses pratiques quotidiennes, abêtit totalement son public conquis par la gadgétisation de ces nouveaux cours.

Le SNALC dénonce la mise au pas des enseignants sous couvert de pratiques innovantes et de course à l’armement numérique, cet os que l’on nous jette pour nous faire croire à la nécessité de rester compétitifs quand il s’agit plutôt de dénaturer nos fonctions et de nous rendre esclaves d’une école de masse qui précarise la pédagogie, la rend – via la machine – superficielle et superflue



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LE NUMÉRIQUE,

UN VIRUS PROGRAMMÉ SOUS CONTRÔLE ?



Un numérique responsable et souverain est un des axes développés dans la consultation des États Généraux du Numérique pour l’Éducation. Une piste de réflexion proposée concerne l’impact du numérique sur la santé et le bien-être. Elle prête à sourire. Le simple fait d’évoquer cet impact n’est-il pas un aveu ? Ainsi, la vraie question du Ministère ne serait-elle pas : comment installer des outils que nous savons nocifs pour tous, tout en gardant bonne conscience ?



Les contributions sur cette page sont édifiantes : l’on y évoque à juste titre l’impact du stress numérique sur les enseignants, la surcharge informationnelle, les TMS (1), le syndrome d’épuisement, la cyberdépendance…

Il est intéressant de se pencher sur ces maux que l’on sait désormais validés par notre Institution qui prescrit et inocule le virus numérique lors d’une pseudo-consultation où les patients que nous sommes, muselés (2), sont invités à célébrer sa propagation dite « éducative ».

Le SNALC en appelle à la prise de conscience citoyenne de nos hiérarchies et lance une alerte face à ce qu’il considère être un mode de fonctionnement qui place clairement les intérêts étatiques au dessus du bien-être collectif !

Sans occulter la nécessité d’être efficaces, est-il cependant nécessaire pour fonctionner, de sacrifier la santé des personnels à grand renfort de pratiques esclavagistes destructrices que l’outil informatique installe inévitablement puisqu’il est incoercible, inépuisable et incontrôlable là où nous sommes émotionnellement faillibles ? Le SNALC réaffirme le droit à la déconnexion pour les enseignants et à celui de s’inscrire dans une logique numérisée ou non, pour des raisons de santé ou par convictions pédagogiques ! Puisque la performance naît toujours du plaisir et non de la souffrance, il serait logique de contribuer au bien-être de tous pour continuer à avancer ensemble

(1) Troubles musculo-squelettiques.
(2) Le SNALC a proposé en vain l’ajout d’une conférence-débat à l’ordre du jour des EGN




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LE NUMÉRIQUE ÉDUCATIF : ENJEUX


Il est une richesse tant au niveau des contenus (Éduthèque, Odysseum, bibliothèques virtuelles, dictionnaires…) que des usages possibles :

    - Compléter le cours en classe en s’adaptant à tous par : la découverte en amont et/ou synthèse à revoir, la multiplication des les supports didactiques pour stimuler tous types de mémoire (vidéo, diaporama, schéma…) ; l’entraînement autonome avec retour direct sur erreur, nécessaire à l’acquisition (applications EN ou labellisées, BRNE alliant cours et exercices avec adaptation au niveau, personnalisation des parcours voire conception par le professeur) ; l’attractivité accrue des exercices intégrant une dimension de défi ou de jeu ; l’adaptation aux élèves à besoins éducatifs particuliers : si la leçon manuscrite est un fort vecteur de mémorisation, le support numérique s’adapte au handicap (taille, couleur, police, audio description), à la rapidité de l’élève, et participe à l’autonomie face aux savoirs.

    - Centraliser tous ses documents (écrits, audio, vidéo, hyperliens) pour y recourir instantanément et gagner en rapidité et en disponibilité pour la gestion de classe.

    - Mettre en place des rituels en début d’heure (QCM, quiz projetés).

    - Favoriser le travail collectif grâce aux outils collaboratifs.

Ce n’est pas un renoncement à un enseignement de qualité. Nulle application ne saurait remplacer le professeur, mais face à la hausse de l’hétérogénéité dans les classes et à la demande d’individualisation des parcours, il nous faut des outils permettant une certaine ubiquité, d’augmenter la quantité de travail personnel et personnalisé des élèves sans accroître le sien, en évitant néanmoins les écueils car ce n’est pas un remède miracle aux inégalités et à l’échec scolaire que l’on peut plaquer à tout-va.

Nos élèves ont besoin par ailleurs d’un enseignement du numérique : le concept de « digital native » est un leurre. Ils méconnaissent les usages professionnels du numérique (dactylographie, normes relatives aux écrits, recherche par mots-clés, tri des sources et informations pourtant essentiel pour la construction du citoyen). Outiller les élèves, c’est les faire gagner en autonomie, et ancrer en eux ces savoirs inlassablement répétés sans qu’ils les retiennent, faute d’entraînement au quotidien





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UNE ÉCOLE 2.0 LOIN D’ÊTRE LA PANACÉE


Lors des auditions des 23 et 30 septembre 2020 de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, de nombreux hauts responsables dont M. Reverchon-Billot, Directeur Général du CNED, Marie-Caroline Missir, Directrice Générale de Canopé, M. Frugière, Président du réseau des INSPE et Edouard Geffray, Directeur Général de l’Enseignement Scolaire sont venus tirer des leçons du confinement et faire la promotion des ambitions numériques du ministre.



Alors que notre hiérarchie s’est largement déchargée sur les enseignants pour organiser et mettre en place la continuité pédagogique, notre ministère semble désormais détenir les clefs d’un enseignement numérique performant. Le confinement aurait été une expérimentation bénéfique au processus de transformation de l’institution, l’avènement d’une Éducation nationale 2.0 étant, pour nos responsables, indispensable et proche de la panacée… D’ailleurs, les États généraux du numérique, dont l’idée serait de faire émerger une vision partagée du numérique pour l’éducation, sont présentés comme le grand rendez-vous de l’année !

Néanmoins, dans son enquête publiée le 15 octobre 2020, le CNESCO nous apporte un éclairage édifiant par les conclusions d’André Tricot, professeur à l’université de Montpellier : « Il est impossible de conclure que le numérique a des effets positifs pour les apprentissages », « Globalement les outils numériques sont plus exigeants que les outils traditionnels. Ils peuvent aider des élèves déjà d'un bon niveau. Par contre, ils augmentent les difficultés pour les élèves faibles… ».

Finalement, nous avons là un processus à l’efficacité non démontrée, qui de surcroît dépend de l’équipement individuel des professeurs et de l’équipement des écoles. L’aspect financier, incontournable, reposera une fois de plus sur les communes, creusant davantage les inégalités. Et il faudra attendre 2025, après 4 années de cumul de prime informatique de 150 euros, pour que les professeurs puissent s’équiper dignement. Les enseignants y gagnent un verrouillage pédagogique, dans un bel emballage de consultation citoyenne




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L’ÉDUCATION PAR LE NUMÉRIQUE EN EPS


« L’introduction du numérique dans les méthodes pédagogiques et la construction des savoirs » (Code de l’éducation, art. L231-15) s’est imposée en EPS et dans ses programmes. Au collège, l’élève doit savoir « utiliser des outils numériques pour analyser et évaluer ses actions et celles des autres ». Au lycée « l’enseignement doit s’appuyer sur les plus-values qu’apportent les usages du numérique… le recueil d’indices et d’informations dont l’analyse et l’exploitation favorisent les apprentissages ». L’éducation par le numérique en EPS n’est plus une méthode optionnelle au service de la liberté pédagogique.



Depuis la vulgarisation des tablettes, des smartphones et des plans d’équipement, des usages se sont développés à travers des applications d’analyse vidéo (Video delay, Huld), de recueil de données (EPScompteur), d’observations en sports d’opposition (EPS impact) ou collectifs (iPTB, aPTB), de répertoire de figures (AcroEPS) ou de sondages rapides (Plickers)… et l’inventaire est bien incomplet.

Incontestablement, ces outils simples, assez efficaces en intérieur, plaisants pour les élèves, répondent aux attentes. Ils soulèvent pourtant des questions essentielles.

D’abord il faut être doté d’un parc d’outils par classe et qu’ils ne soient pas déchargés, accaparés, détériorés ou égarés. Cette charge supplémentaire encourage actuellement le développement du BYOD (Bring Your Own Device), acronyme branché qui questionne les principes de gratuité et d’égalité de l’enseignement.

Ensuite, ces outils renforcent l’emploi d’écrans et la sédentarité. Il est démontré combien les élèves, trop consommateurs, sont affectés au niveau postural, visuel, social, par les effets du manque d’activité physique (réduction des capacités cardio-pulmonaires, tonicité, obésité…).

Cette éducation au numérique questionne donc la spécificité et l’utilité de l’EPS. Compte tenu des besoins de la jeunesse et des temps de pratique corporelle déjà très faibles, l’EPS doitelle à ce point concourir à former des analystes, des statisticiens, des coachs ou plutôt des individus physiquement développés et éduqués ?



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LE CNED : UNE ACADÉMIE NUMÉRIQUE ?


Lors de la fermeture des établissements scolaires en mars dernier, le dispositif en ligne Ma classe à la maison a mis en avant le CNED, établissement sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, comme prestataire de services numériques.


En effet, si le CNED, depuis 1939, assure, pour le compte de l’État, le service public d’enseignement à distance pour les élèves « empêchés » (malades, itinérants, sportifs de haut niveau, etc.), il a nettement élargi ses activités. Avant Ma classe à la maison, les dispositifs English for Schools, D’col ou encore Jules par exemple ont eux aussi été créés pour venir en appui de l’enseignement présentiel. La loi de refondation de l’école (2013) avait acté que le CNED était partie prenante du service public du numérique éducatif.

Depuis 2019, le contrat d’objectifs et de performance entre l’État et le CNED (équivalent d’un projet d’établissement), qui court jusqu’en 2022, se propose de faire de l’établissement une académie numérique. Y serait revu le périmètre de ses missions de service public, afin d’inscrire dans les décrets, son rôle dans l’apport du distanciel au service du présentiel, mais aussi l’accueil des personnels en poste adapté – actuellement affectés au CNED tout en restant gérés par leurs académies, ce qui pose de nombreux problèmes – ou encore certaines formations, comme les préparations aux concours enseignants, souvent déficitaires. Le SNALC salue cette volonté de positionner plus clairement le CNED au sein de l’Éducation nationale, même si pour l’instant, le seul effet tangible est que les personnels ont changé d’adresse mail (mais n’ont toujours pas de Pass Éducation) !

Cependant, certains projets numériques conçus par le CNED pour le présentiel se font au moins en partie au détriment des élèves inscrits au CNED, et avec une forte pression sur les personnels par manque de temps et de moyens humains. Le ministère va-t-il sérieusement investir pour que le CNED puisse faire face à ses missions ? Rien n’est moins sûr, car le prochain budget prévoit des suppressions de postes… Le SNALC, qui siège désormais à toutes les instances centrales du CNED, sera particulièrement vigilant sur tous ces points



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FENÊTRE SUR COURS : QUE SE PASSE-T-IL DANS LE CERVEAU ?


Un article de la revue « Cerveau & Psycho » (octobre 2020) confirme une intuition perçue par la majorité d’entre nous en période de confinement : il est illusoire de bien enseigner sans qu’élèves et enseignants ne soient régulièrement en présence. En effet le cerveau humain dispose d’une structure innée capable d’analyser et d’interpréter les signaux non verbaux émis par ses semblables, inopérante en cas de cours en distanciel.



Lors d’un cours réel, cette structure est constamment sollicitée, tant par les enseignants que par les élèves. Ainsi l’enseignant perçoit-il inconsciemment les signaux non-verbaux (bâillements, plissement de sourcils, postures…) émis par les élèves et exprimant un sentiment d’incompréhension, de lassitude ou de mécontentement et adapte de manière quasi automatique son attitude, afin de capter leur attention. Inversement, l’élève identifie et analyse les mêmes signaux et procède à ses propres ajustements (pour le meilleur ou le pire).

Le rôle des neurones miroirs est ici essentiel. Ces derniers s’activent non seulement lors de l’exécution d’un geste mais aussi à l’occasion de l’observation de celui-ci. Ils sont à l’origine de notre capacité à comprendre et à ressentir ce que fait l’autre, à partir de l’expérience que l’on a soi-même de ce type d’actions. Ainsi un enseignant sera-t-il mieux à même de décrypter les signes d’ennui ou de fatigue, ayant lui-même passé de longues années sur les bancs de l’école (ou de l’université).

Ces neurones bien utiles permettent ainsi de deviner les états mentaux de l’élève à partir d’une simple observation des signes que va guetter un enseignant pour évaluer la connexion avec sa classe afin d’adapter sa communication verbale et non verbale. Le corps reste donc un canal de communication irremplaçable en situation d’enseignement. Par conséquent, rien ne remplace le cours en présence des élèves.

Le SNALC n’a pas d’idées préconçues sur le numérique qui est un outil comme un autre, mais il appelle à rester vigilant face aux mirages d’un enseignement « hybride » vu comme une panacée, mais surtout source de potentielles économies budgétaires au moment où l’éducation n’est clairement plus une priorité




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