UNE ORGANISATION (RÉ-)EXPÉRIMENTÉE PLÉBISCITÉE PAR LES PE : LES « BARRETTES » EN SEGPA

UNE ORGANISATION (RÉ-)EXPÉRIMENTÉE PLÉBISCITÉE PAR LES PE : LES « BARRETTES » EN SEGPA

Lettre PLP




UNE ORGANISATION (RÉ-)EXPÉRIMENTÉE PLÉBISCITÉE PAR LES PE :


LES « BARRETTES » EN SEGPA





Image par Image par talha khalil de Pixabay




LE PLP 16 - mai 2021
Par Lydie Levavasseur
ACA Nançy-Metz
plp@snalc.fr





Introduction :

Pour faire face à l’hétérogénéité cognitive des élèves les matières générales : mathématiques et français peuvent être enseignées par « groupe de besoins ». En école primaire, la nature des difficultés repérées, le nombre d’élèves concernés, les compétences particulières des enseignants, etc, conduisent bien souvent une équipe pédagogique à mettre en place au sein de l’école ou du cycle, ces groupes de besoins.
Cette organisation avait d’ailleurs fait ses preuves dans les années 90 dans les SEGPA avant d’être supprimée en raison d’un malheureux amalgame avec les groupes de niveau.
Ceci explique que ce type d’organisation a été suggérée par l’équipe des PE (professeurs des écoles) suite à une récente expérimentation concluante menée dans une autre SEGPA. Sa directrice s’est d’ailleurs rendue disponible pour participer à une réunion de synthèse afin de présenter la mise en place de ce type d’organisation et les lourdes contraintes que cela implique pour les enseignants et le bilan assez positif qui en a résulté dans sa propre SEGPA.
Cette organisation est en place depuis deux années consécutives dans notre structure et depuis beaucoup plus longtemps dans certaines écoles, SEGPA ou collèges dans d'autres académie.

Déroulement :


  • Demande d’autorisation auprès de l’administration (DACS et ensemble de la hiérarchie) de mettre en place un dispositif qui nécessite un alignement des emplois du temps des enseignants et des élèves et donc une modification importante des emplois du temps tout en tenant compte des contraintes telles que le suivi des heures d’ateliers, des cours d’EPS ou des emplois du temps partagés de plusieurs collègues.
    Ces enseignements théoriques ont de plus été plutôt concentrés sur le matin. Les heures ateliers étant placés sur une journée pour les 4èmes et sur une journée et 2 après-midis pour les 3èmes.

  • En début d’année, les compétences de chaque élève sont évaluées afin de déterminer dans quel groupe maths ou français il convient de l’intégrer. Les tests sont issus des tests nationaux adaptés au profil des élèves de SEGPA.
  • Les tests sont passés et corrigés par les PE et PLP voire par la directrice de la SEGPA si nécessaire, surtout lors des admissions en cours d’année.

    • Les élèves sont donc ensuite répartis en groupes de « besoins » selon leur compétences acquises et celles à travailler en priorité. Ces groupes de besoin, ainsi clairement identifiés, visent des objectifs précis et sont variables au cours de l’année. Les effectifs varient de 6 à 18 élèves. Les groupes sont placés dans des salles spécifiques au PE qui intervient. Pour faciliter le repérage des élèves, sur la porte de la salle sont affichées les listes des groupes qui ont le même PE pour référent.
    • TOUTES LES SEMAINES les compétences, les reculs ou progrès, le rythme de travail de chaque élève sont observées.

  • Lors des conseils de classe, l’évolution de chaque élève est évoquée et évaluée et des changements de groupes sont envisageables à chaque séquence ou chaque période (entre les vacances) pour assurer une certaine forme de stabilité et de continuité. Les groupes peuvent donc évoluer au cours de l’année en fonction des acquis de chaque élève. Il faut d’ailleurs veiller à ce que les groupes de « besoins » ne fonctionnent pas de façon permanente se transformant en groupe de « niveau » ce qui reviendrait à recréer des classes.


Les contraintes :

  • L’accord de la hiérarchie est indispensable pour valider les emplois du temps. L’aval du corps d’inspection a par ailleurs était notifié au cours d’une inspection.

  • Dans les SEGPA où tous les enseignants effectuent les visites de stage au prorata des heures effectuées auprès des classes, lors des périodes de stage en entreprise, les PE ne sont pas libérés pour se rendre aux visites de stage ce qui complique et alourdit légèrement le suivi. Le SNALC demande qu'ils soient intégrés automatiquement au suivi des stages. Ce que l'on retrouve selon les établissements.

  • Parfois, les besoins des élèves nécessiteraient de pouvoir élargir certains groupes au-delà de l’effectif compatible avec le suivi d’un cours par un unique enseignant.

  • •La préparation des séances n'est absolument pas facilitée par la mise en place des barrettes : certains élèves peuvent rester dans un même groupe pendant deux ans donc ce qui rend impossible le fait de reprendre une séquence déjà construite. Travailler les mêmes compétences deux 2 années de suite implique de revoir chaque support pour ne pas donner 2 fois le même exercice à un même élève. De plus, entre un élève "vierge" de cette compétence, et celui qui était déjà présent l'année précédente, une différenciation s’impose (support, rôle, d'attentes...).
    •Nécessité de tenir des archives détaillées afin de conserver une trace pour chaque élève de ce qu’il a fait dans chaque groupe pour proposer des exercices originaux dans le groupe ou l’année suivants.
    •La mise en place de ce type d’organisation pédagogique est extrêmement chronophage en heures de coordination.

Les points positifs :

  • Pour les enseignants :
    Ce type d’organisation redonne tout son sens au travail d’enseignement adapté : le travail est effectué au plus près de chaque élève et remotive les enseignants.
    Les groupes sont plus homogènes et permettent de mettre en place une pédagogie plus adaptée et efficiente. La différenciation, des supports mais non des compétences, est présente mais moins marquée entre les élèves ce qui permet une réelle dynamique de groupe.
    Les compétences non encore acquises qui pouvaient amener un élève à se démotiver ne sont, pour un temps, plus présentes à son esprit ce qui permet de le raccrocher plus facilement aux enseignements théoriques.
    Les compétences liées à la passation du DNB peuvent aussi être travaillées de façon plus spécifique.

  • Pour les élèves :
    Les élèves ne sont plus « condamnés » à passer 4 niveaux de classe avec les mêmes camarades ; les heures passées en « barrettes » leur permettent de s’affranchir des dynamiques de leur « classe d’âge ». Les griefs que peuvent avoir certains élèves contre d’autres élèves semblent ainsi mieux supportés.
    Les compétences acquises sont valorisées et normalisées ; les élèves sont moins agités ou décrocheurs ; les termes de « chouchou » ou «d’intello » disparaissent même du vocabulaire, reflet de la diminution des tensions suscitées par les différences de compétences acquises entre les élèves.
    Les compétences acquises par des élèves des groupes de « niveau élevé » sont valorisés lors des ateliers dont les groupes ne correspondent pas à ceux des groupes de « besoins » ; le travail et la réflexion sont mutualisés. Les élèves ayant déjà acquis certaines compétences de compréhension et/ou de mathématiques sont alors perçus comme des élèves « ressources » qui permettent au groupe de surmonter une difficulté scolaire et qui témoignent du fait que réussir en SEGPA est possible. Il y a une réelle émulation.
    Les élèves sont sortis du simple passage de classe en classe et ont pour autre objectif d’évoluer au sein des groupes.

Bilan :

Les enseignants trouvent des effets positifs à ce mode de fonctionnement :
Les élèves ont davantage confiance en leurs compétences et en leur progrès. Ils prennent l’habitude de se confronter à de nouveaux groupes à un emploi du temps personnalisé et gagnent en autonomie. La surcharge de travail et la préparation entre PLP Et PE doit être reconnu et payé en plus.

Conclusion :

Qu’une équipe souhaite se lancer dans expérimentation pédagogique à l’échelle d’un cursus devrait être encouragé, en étant évaluée et envisagée comme une alternative à partager en cas d’effets positifs.
Pour respecter les besoins des élèves, l’effectif des groupes n’est pas fixe ; il peut n’être que de 10 ou dépasser les 17 élèves.
Le fait que des effectifs puissent atteindre 18 élèves en SEGPA pourrait laisser suggérer aux instances ministérielles que les effectifs des classes de SEGPA pourraient passer à ce nombre. Néanmoins, il faut souligner que l’effectif est CHOISI par l’enseignant en fonction des élèves qu’il connait et cela depuis parfois quelques années, dans des conditions maitrisées et pour le bien de chacun. Il ne pourrait être question de généraliser notamment dans le cadre de l’enseignement adapté.

En fait, s’il n'y a que des points positifs du point de vue des élèves et du temps de classe proprement dit, en ce qui concerne les préparations, les progressions (qui doivent être coordonnées), les programmations et les heures de coordination ce type d’organisation nécessite une implication très chronophage bien plus importante que celle des « simples » groupes classe.
Néanmoins, le temps consacré à l’organisation de ce dispositif est surtout vécu par les PE comme le moyen de souder une équipe, d’harmoniser les pratiques, d’éviter la solitude face à un élève difficile. Avec les barrettes, il n’y a plus d’enseignant isolé face aux compétences à travailler, mais toute une équipe qui réfléchit ensemble. Ça change tout !
Le SNALC souhaite que ces expérimentations puissent être appliquées dans différentes structures aprés accords des enseignats concernés, en respectant la liberté pédagogique.





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