MANAGER A L’EDUCATION NATIONALE : PENSER LE CHANGEMENT

MANAGER A L’EDUCATION NATIONALE : PENSER LE CHANGEMENT

MANAGER A L’EDUCATION NATIONALE :

PENSER LE CHANGEMENT


Au lieu de s’épuiser à renouveler les pansements en permanence.


Par Danielle Gangloff, Membre du Bureau académique du SNALC Strasbourg




CHANGER ! REFORMER !

Des changements tout le monde en veut mais qu’un audacieux ou un inconscient s’y essaie et c’est la révolte !

Des changements ! Mais lesquels ? Pour qui ? Pour quoi ? Comment ?

Voilà 30 ans qu’on s’essaye à des changements immuablement baptisés de « réformes du système scolaire ».

Voilà 30 ans que plusieurs ministres se sont succédé au chevet de ce grand malade et qui tels les médecins de Molière ont saupoudré les remèdes en négligeant le traitement global de la maladie, provoquant ainsi de nouvelles affections sous couvert de guérison.

C’est ainsi que depuis 30 ans on se paye de mots en sabrant à satiété dans les heures d’enseignement. C’est le cas du français en particulier où l’on prétend que la peau de chagrin des heures suffira pour maîtriser la langue, acquérir du vocabulaire, savoir lire entre les lignes, décrypter les messages qui éviteront de se laisser berner par des « story telling », argumenter, distinguer une idée d’un jugement de valeur, ou distinguer un argument d’un exemple. Entre autres...

Nommer les choses, c’était le travail du poète selon Gide.

Nommer les choses, c’est prendre part à l’identification du monde : un « Matin brun », c’est un « Matin brun ».

Quand on est privé de la parole, il reste deux options : la rébellion armée, ou le suicide collectif qui signe la capitulation devant l’immense et infaisable tâche d’éduquer, de former, d’instruire, d’éclairer.

Car, de fil en aiguille, les déficiences de la maîtrise du vocabulaire atrophient les concepts, ce qui conduit à anémier les idées puis à débiliter les idéaux !

Les vrais, ceux qui prônent : LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ.

Pour que chacun trouve sa place dans la société, il nous faut une Ecole de grande qualité et les moyens qui vont avec.

Alors oui REFORMONS l’éducation Nationale.

Cela exige une réinitialisation institutionnelle qui passe par une refondation managériale de grande ampleur.

Aujourd’hui, à tous les étages, ce système décourage, étouffe ou broie sous et par un management archaïque les meilleures volontés de personnels engagés et compétents : management des équipes ou des communautés de travail dans les EPLE, des personnels d’encadrement ou des cadres supérieurs de la fonction publique.

Ces managers sont enfermés dans un dilemme abominable : « To Be or not to Be ». Faire carrière ou bien s’intéresser et se donner à fond dans son établissement pour conduire à la réussite tous les élèves que lui a confiés l’institution en veillant à ce que chaque adulte y prenne plaisir et y donne sa pleine mesure en étant reconnu avec certitude à la hauteur de ses qualités et de son investissement.

La carrière : voilà bien un des freins les plus efficaces contre le changement et pire encore quand elle tourne à l’obsession et prend le masque hideux du carriérisme.

Comment ? L’institution est empêtrée dans un fonctionnement archaïque régalien descendant qui désolidarise les différents acteurs du terrain au lieu de les fédérer, ce qui permet à une oligarchie managériale de perpétuer son règne de génération en génération en se transmettant les clés du pouvoir sur un mode opaque et mystérieux.

Délit d’initié dans la fonction publique !

Ce fonctionnement hérité des temps barbares oppose, divise et assujettit car, selon l’adage et les bons conseils des hiérarchies rectorales, « divisez pour régner ; gardez les infos, c’est garder le pouvoir ».

Quand verrons-nous la mise en œuvre du passage de témoin entre pouvoir et autorité ?

Aujourd’hui, de plus en plus de citoyens ont compris que ces vieux schémas sont inacceptables et que diviser c’était infantiliser, casser et ouvrir des blessures et des plaies laissées aux bons soins des générations futures.

Les remèdes apportés depuis trente ans n’ont fait qu’envenimer les choses.

L’heure a sonné. Il nous faut dépasser nos statuts, abolir les frontières en pratiquant les modes participatifs de management qui permettront d’aller de l’avant et de prévenir les désastres. C’est à cette condition que les vrais changements bénéfiques au plus grand nombre pourront s’opérer.

C’en est fini d’un management où les dirigeants ne sont que les exécutants d’ordres et contre-ordres venant d’idéologues convaincus du bien fondé de leurs réformes alors qu’ils ne tiennent aucun compte des alertes et des doléances montant du terrain.

Ce qui peut se concevoir pour l’administration préfectorale en charge d’assurer dans le domaine de la sécurité la coordination opérationnelle d’administrations différentes organisées de manière hiérarchique, serait inadéquat et même contre-productif dans le domaine de l’éducation, où la proportion de cadres supérieurs n’exerçant aucune fonction d’encadrement est considérable. Les enseignants sont recrutés pour leur niveau d’instruction, leurs qualités humaines et pédagogiques et ils constituent le principal vivier dont sont issus les dirigeants d’établissement.

Alors ? Pourquoi ne pas se faire confiance et s’engager dans une démarche de partage des moyens du management?

Que chacun prenne sa part de responsabilité dans un partenariat réfléchi et consenti.

Que les enseignants soient associés au management : DHG, budget, choix pédagogiques et financiers.

Que les dirigeants acceptent de mettre un terme à l’exercice solitaire du pouvoir, qu’ils fondent leur autorité sur la qualité de leurs expertises, de leurs conseils et de leurs arbitrages, et qu’ils soient le Garant des valeurs fondamentales de l’école dans leur établissement.

Ce co-partage est possible à condition que chacun soit prêt à changer de posture.

Que les élus au conseil d’administration bénéficient d’une formation et d’un temps de décharge pour préparer avec l’équipe de direction les choix pédagogiques et financiers. Que les chefs d’établissement acceptent de travailler dans une transparence optimale, et qu’ils acceptent un contrôle réel et efficient des élus.

Car les CA ne sont bien souvent que des chambres d’enregistrement de décisions prises par des chefs solitaires et isolés.

Donnons aux équipes une réelle autonomie d’action, c'est-à-dire la possibilité d’opérer des choix quant aux heures d’enseignement en fonction des populations d’élèves accueillis.

Ainsi pourront s’élaborer de réels projets d’établissement et non des coquilles vides comme c’est trop souvent le cas.

Pourquoi vouloir transformer illico les collèges sans attendre de voir ce que donneront les nouveaux programmes en primaire et de se donner le temps et les moyens d’observation, d’analyse et de formation nécessaires à une mutation profonde des postures des uns et des autres?

Le système et tous les acteurs gagneraient à réussir, pour une fois, à travailler autrement.

C’est une question de survie du service public.

A la saillie triviale « Circulez, y’a rien à voir » il faut substituer la maxime drolatique « Partageons, y’a rien à cacher et tout à gagner » !

Votre copie est à revoir, Madame la Ministre !

Plutôt que de changer sempiternellement les programmes et de réduire les heures d’enseignements, vous auriez dû vous attacher au recrutement, à la formation, à l’évaluation et au management des cadres supérieurs sans encadrement de l’enseignement.

Enseignants

Conseillers principaux d’éducation

Gestionnaires

Personnels de Direction

Vous voulez comprendre le pourquoi de ce que vous faites ?

Vous souhaitez sortir des oppositions frontales systématiques ?

Vous en avez assez de l’exercice solitaire de vos fonctions ?

A vous tous et à tous ceux qui ont sacrément envie de faire bouger le « Mammouth » de l’intérieur, avant qu’il ne soit trop tard, rejoignez nous et devenez des acteurs engagés dans le processus de rénovation de la Grande Maison.



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