TOUS ÉGAUX DEVANT LE BAC ?

TOUS ÉGAUX DEVANT LE BAC ?

TOUS ÉGAUX DEVANT LE BAC ?

Lundi 18 juin 2018

Les épreuves du bac ont commencé. Les élèves composent en philo. Dans une salle une table, seule, un élève. Seul ? Pas tout à fait. Celui-ci est arrivé accompagné de son AVS (pour les non-initiés « auxiliaire de vie scolaire »). L’élève laisse échapper des bribes de phrase. L’AVS est assis à côté de lui, à la même table.

Sur mon bureau, une attestation médicale qui certifie que l’élève a droit à un aménagement d’examen.

Je lis les consignes destinées à tous les élèves qui passent le bac. L’AVS les reprend patiemment et essaye de fixer l’attention de son élève sur ce qui vient d’être dit.

Durant la première heure de cette matinée l’AVS dépense beaucoup d’énergie, premièrement pour obtenir de son élève qu’il se concentre, deuxièmement pour arriver à lui faire choisir un sujet sur lequel composer.

Pour ce qui est de la concentration, l’AVS a fort à faire. L’élève est assis et sa nervosité s’exprime par des mouvements désordonnés. L’AVS tient une des mains de l’élève dans les siennes et essaye ainsi de le calmer. L’élève laisse régulièrement échapper des bribes de phrases d’une voix forte et qu’il ne semble pas dominer ; il chante en anglais des morceaux de refrain que sa mémoire a sans doute fixés à force de les écouter en boucle. Il se lève, fait le tour de la salle s’approche du bureau tout en scandant des morceaux de chanson en anglais. À un moment donné je l’entends qui s’écrie : « Tu me tapes !», à l’adresse de l’AVS. Celui-ci réagit avec calme et démontre à son élève que le reproche est infondé.

Concernant le choix du sujet, je sens, sous les efforts fournis par l’AVS, percer un certain découragement. Les tentatives pour que l’élève fasse un choix se soldent la première heure par un échec. L’élève répond par des mots qui n’ont qu’un rapport éloigné avec les propositions. Enfin l’AVS comprend qu’il ne tirera rien de son protégé et change de stratégie. Le sujet n°3 propose un texte court et trois questions ainsi que trois sous-questions. L’élève devrait choisir ce sujet, répondre aux questions et le travail serait fait.

L’aménagement des épreuves prévoit (1), entre autres : « l’assistance de l’auxiliaire de vie pour lecture, écriture et reformulation ». Quant au correcteur, on le prie de « ne pas pénaliser pour le soin et l’écriture ». Il (le correcteur) pourra, tout au plus, attester qu’une copie a été rendue, qu’un élève a composé. Que notera-t-il ? Les six phrases qui composent le devoir de philo et qui, grâce à l’AVS, ne comportent pas de fautes d’orthographe, et, grâce à l’AVS aussi, auront le mérite d’être au moins correctes d’un point de vue grammatical, à défaut d’avoir un sens.

À 10h l‘AVS et son élève quittent la salle. Celui-ci aurait pu composer jusqu’à 13h40 – les quatre heures de l’épreuve plus un tiers-temps. Cet aménagement s’est révélé superflu, la capacité de concentration de l’élève n’excédant pas 4 à 5 minutes...

Le handicap n'est pas le problème ici, et il est louable que l'école souhaite la réussite de tous ; cependant on ne peut plus parler de réussite pour un élève dont l'AVS fait le plus gros du travail. L'institution scolaire ment au candidat et à sa famille : que fera le candidat avec le précieux sésame en poche ? Un AVS l'accompagnera-t-il toute sa vie ?...


1:
• L’aménagement des épreuves stipule également que :
• Chaque épreuve sera majorée d’un tiers temps.
• La préparation des épreuves orales est majorée d’un tiers temps.
• L’auxiliaire de vie scolaire prête assistance à l’élève pour la lecture, l’écriture et la reformulation.
• Un tiers temps est prévu pour la passation des épreuves orales.
• Le sujet est imprimé au recto seulement et dans une police de caractère de taille 16.
• Lors des épreuves orales il ne faut pas pénaliser l’élocution de l’élève « qui peut être problématique ».
• Il ne faut pas « pénaliser pour le soin et l’écriture ».
• L’élève est dispensé de la partie orale de l’épreuve obligatoire de LV1.
• Lors des épreuves orales il est nécessaire de reformuler les consignes, «  de s’assurer de leur bonne compréhension et d’amorcer les réponses ».
• Que l’élève est dispensé de la partie orale de l’épreuve obligatoire de LV2.
• Que l’élève doit être installé seul dans une classe.

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