ON NE DEMANDE POURTANT PAS LA LUNE !

ON NE DEMANDE POURTANT PAS LA LUNE !

ON NE DEMANDE POURTANT PAS LA LUNE !


Pourquoi faut-il toujours que plus une profession est noble moins elle est respectée ? Nous n’allons pas évoquer ici le sempiternel « prof-bashing » contre lequel le SNALC ne cesse de lutter, mais, à travers le cas de deux adhérentes du SNALC, celui des AVS/AESH, ces personnels malmenés par l’administration, aux contrats précaires, et aussi indispensables que déconsidérés.

Qui sont les AVS/AESH ? Ces deux sigles recouvrent deux catégories de personnels aux fonctions similaires : les Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS) et les Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap (AESH) sont chargés d’aider les enfants qui rencontrent des difficultés à suivre une scolarité dite « normale » et à s’insérer dans le système scolaire, en raison de problématiques variées (handicap moteur, déficience visuelle ou auditive, autisme, dysphasie, etc.). Afin de faciliter l’inclusion scolaire, le rôle de ces accompagnants est précieux, allant, entre autres, de l’aide dans l’accomplissement des tâches quotidiennes à la reformulation de consignes en passant par l’écoute bienveillante, le développement de l’autonomie ou encore la stimulation de la communication avec les autres élèves.

La seule différence entre les deux statuts réside dans le type de contrat qui les lie à l’Éducation nationale : les AVS sont recrutés en CUI (Contrat Unique d’Insertion), d’une durée maximale de 12 mois, tandis que les AESH ont un CDD renouvelable dans la limite de 6 ans maximum et relèvent du droit public. Depuis la rentrée 2015, les AESH justifiant de 6 ans d’ancienneté peuvent être recrutés en CDI par le rectorat… Mais est-il besoin de préciser que l’heure n’est pas vraiment à la « cédéisation » des contrats précaires dans les services publics ?

Non seulement, donc, leur statut est des plus fragiles, mais en plus ils souffrent d’un cruel manque de considération de la part de leur employeur, l’Éducation nationale. Tout le monde reconnaît qu’ils sont indispensables, mais personne ne semble rien faire pour améliorer leur situation, et, ce faisant, celle des enfants en difficultés et de leurs familles.


Personne ? Pas tout à fait, car le SNALC a pris le problème à bras-le-corps et s’évertue à aider ces aidants. Aurore Benosa, responsable nationale SNALC pour le handicap, ne ménage pas sa peine et ses efforts pour conseiller, soutenir et défendre ces personnels. Elle sillonne notamment la France et ses territoires d’outre-mer afin de dispenser des informations précieuses et rencontrer ces êtres humains que l’administration, comme à son habitude, ne voit que comme des chiffres et des économies à réaliser.
Elle est ainsi venue dans notre académie strasbourgeoise l’an dernier, à la faveur d’un colloque spécialement dédié aux AVS/AESH et qui avait rencontré un franc succès. Cette rencontre sera reconduite cette année, les 18 et 19 octobre, pour les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, d’autant plus que le SNALC Strasbourg s’est doté d’un référent académique en charge tout particulièrement de cette catégorie de contractuels en la personne de Carlos Pissarro.


À présent, venons-en aux faits qui motivent cet article. Nous souhaitons ici mettre en lumière deux de nos adhérentes AVS/AESH, non seulement afin de rendre un hommage (certes, trop modeste) à leur formidable travail auprès des enfants qu’elles accompagnent mais aussi pour dévoiler un échantillon (certes, très réduit) des multiples problèmes que ces contractuels peuvent rencontrer.
Le premier exemple des manquements de l’administration à leur égard concerne, tout bêtement, une question de « papiers ». Car il est apparemment trop compliqué de rédiger et de fournir en temps et en heure l’avenant à un contrat… L’une de nos adhérentes AESH en sait quelque chose qui, quinze jours après la rentrée, attendait toujours le précieux document. Cela peut sembler peu de choses, mais combien de difficultés administratives découlent de l’absence de ce simple papier ? Quel employeur privé pourrait se permettre un tel amateurisme ? Sans parler de l’illégalité du procédé qui consiste à employer quelqu’un sans lui fournir un contrat de travail en bonne et due forme ! Que dire, enfin, de la façon dont cette dame a été « promenée » de service en service, sans que personne ne soit en mesure ni de lui fournir le document demandé (elle ne demandait pourtant la lune !) ni même de lui indiquer à qui s’adresser ?

Le deuxième exemple apparaît encore plus grave et met en relief le manque criant de reconnaissance que l’administration a pour ces (ses ?) personnels. Car le contrat d’une autre de nos adhérentes n’a tout simplement pas été reconduit ! C’est avec stupeur que celle-ci a découvert que l’Éducation nationale allait se passer de ses services à compter de novembre 2018, alors même que les besoins des trois enfants qu’elle accompagnait n’ont pas changé et que personne d’autre n’a été recruté pour la remplacer… Les parents des élèves, leur enseignante, la directrice de l’école qu’ils fréquentent, tous ont rédigé des courriers élogieux au sujet de leur AESH, tous ont souligné la nécessité absolue (et reconnue par la CDAPH, la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) d’un accompagnement pour ces trois enfants aux problématiques très différentes, tous ont relevé qu’il serait dommageable pour ces élèves de maternelle de changer brusquement et brutalement d’AESH, alors qu’un lien de confiance et d’affection avait été établi. Les lettres des parents sont particulièrement émouvantes, qui témoignent des progrès exponentiels et parfois inespérés réalisés par leurs enfants grâce à leur AESH, mais aussi de leur totale incompréhension du fait qu’on leur retire cette aide plus que précieuse.
Pourquoi mettre fin au contrat d’une employée méritante, assidue et efficace ? Vous avez sans doute une idée de la réponse… Le manque de moyens, encore une fois ! Évidemment, quand on cherche à en savoir plus, personne ne sait qui s’occupe de ces moyens, personne ne sait qui prend de telles décisions, et personne ne sait à qui s’en prendre de s’en prendre ainsi aux AVS/AESH.

Mais là où, vraiment, notre adhérente est en droit de se dire qu’on se moque du monde, c’est quand elle découvre, écœurée, un article de Jean-François Clerc paru dans les « DNA » du jeudi 6 septembre et intitulé « Recherche toujours AVS ». Qu’est-ce à dire ? Notre administration bicéphale - pour ne pas dire schizophrène – se contredirait-elle ? Est-il acceptable, quand on se met à la place de notre adhérente, d’apprendre que le rectorat est toujours à la recherche d’AVS/AESH pour une vingtaine de familles (au moins) alors même que son contrat n’est pas reconduit, prétendument faute de moyens ? Cela n’a pas de sens et est inadmissible !


Le SNALC tient donc à réaffirmer, haut et fort, son soutien plein et entier aux AVS/AESH, et aux personnels contractuels de l’Éducation nationale d’une manière générale. Nous sommes là pour nous battre à vos côtés pour faire valoir et respecter vos droits. Preuves en sont les deux exemples évoqués dans cet article : après quinze jours d’appels téléphoniques qui n’aboutissaient pas et de mails restés sans réponses, le président du SNALC Strasbourg, Jean-Pierre Gavrilovic, a tapé du poing sur la table.

Suite à sa demande d’audience auprès de Madame la rectrice, le SNALC sera donc reçu prochainement par trois responsables du rectorat, afin de discuter des problèmes rencontrés par les AVS/AESH et, surtout, de trouver des solutions. Espérons que ce soit enfin le cas, car, après tout, on ne demande pas la lune, mais simplement un minimum de respect et de considération pour les AVS/AESH, pour les enfants en difficultés qui ont besoin d’eux et pour leurs familles !
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