ET SUR CE SOCLE, ILS ÉRIGÈRENT LA FABRIQUE DU CRÉTIN

ET SUR CE SOCLE, ILS ÉRIGÈRENT LA FABRIQUE DU CRÉTIN

ET SUR CE SOCLE, ILS ÉRIGÈRENT

LA FABRIQUE DU CRÉTIN
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Plaidoyer pour une déconstruction du socle dit « commun »






Par Herr Franz Blondel, secrétaire départemental SNALC Haut-Rhin et commissaire paritaire certifié



Le printemps enfin revenu, l’enseignant est partagé entre deux sentiments contradictoires. D’une part, le spectacle de la nature en éveil suscite en lui un regain d’énergie : « Bien me plaît le gai temps de Pâques, qui fait fleurs et feuilles revenir » affirmait Thibault de Champagne, un troubadour inspiré du XIIe siècle. Certes. Mais ce bienheureux poète et preux chevalier n’eut cependant pas à guerroyer contre le SOCLE COMMUN.
Car avec le printemps vient aussi l’époque redoutée de la validation du dit socle, qui scande l’année scolaire, au même titre que les conseils de classe, le remplissage des bulletins ou l’épidémie de gastro-entérite.

Tentons, dans la mesure du possible, de mieux identifier les contours de cet objet et d’en entrevoir la genèse. Remontons pour cela en l’an 1923, où un certain Jean Piaget, épistémologue de son état, fait une découverte fondamentale propre à bouleverser le cours de l’humanité (et à engendrer des générations de crétins) : il affirme, mû par une révélation d’ordre divin, que l’élève (engeance qu’il n’a sans doute jamais fréquentée), pardon « l’apprenant », construit lui-même ses connaissances dans un processus dynamique alimenté par sa propre motivation…

La théorie révolutionnaire de ce Copernic de l’éducation est nommée comme il se doit : constructivisme. La finalité de l’école devient alors « le développement de la capacité à apprendre », d’où la notion de compétence. Qu’est-ce qu’une compétence me direz-vous ? Il en existe de multiples définitions. Je n’en ai compris aucune.
Je vous en livre une au hasard :

« La compétence intègre et transcende les savoirs et les savoir–faire d’ordre intellectuel associés aux connaissances déclaratives (???), procédurales et conditionnelles, de même qu’elle intègre un certain nombre d’attitudes et de valeurs associées aux savoir-être de l’apprenant »

(…) rires dans la salle.

VIANNEAU Raymond, pédagogue méconnu (à juste titre) de la fin du XXème siècle.


Je vous fais grâce de mes autres trouvailles, qui sont du même acabit.
Il s’agit ensuite, pour nos idéologues et gouvernants travaillant de concert vers l’horizon d’un avenir radieux, de mettre lesdites compétences au centre du processus d’apprentissage, en se basant sur le postulat (jamais démontré) que « la notation chiffrée ne récompense pas le mérite mais participe au maintien des inégalités sociales à l’école »
JARRAUD François, pédagogue visionnaire (quoique légèrement aveugle) du début du XXIème siècle.

L’étape suivante dans cette longue marche vers le bonheur pédagogiste (qui s’apparente en réalité à un long chemin de croix) se situe en 1993, date à laquelle un inspecteur général de l’EN (qui tient à rester anonyme pour des raisons de sécurité) préconise la mise en place d’un socle de connaissances commun à tous les élèves. Douze longues années plus tard François FILLON instaure enfin, sous les vivats de la secte pédagogiste et les foudres du SNALC le socle commun de compétences et de connaissances. La scolarité doit alors garantir à chaque élève l’acquisition d’un socle commun de connaissances, de compétence et de culture. On se demande bien ce que la scolarité faisait jusqu’alors.
Qu’advint-il ensuite ? Rien. Cette innovation, incomprise et incompréhensible, ignorée par la majorité des enseignants semblait être destinée à être remisée dans le cabinet, déjà bien fourni, des curiosités engendrées par les têtes pensantes de notre institution, au côté des défunts IDD (Itinéraires De Découverte…) et autres moutons à cinq pattes et monstres à deux têtes.

C’est au moment où tout semblait perdu que la nomination d’un nouveau ministre de l’éducation en 2012 insuffle un vent d’espoir salvateur dans les salles des professeurs. La loi d’orientation du 8 juillet 2013 consacre la place éminente du socle commun dans notre système éducatif et encourage les établissements à adopter d’autres systèmes d’évaluation, axés sur les progrès des élèves et leur bien-être psychologique. Fleurissent alors dans tous les établissements de France des copies affublées de ronds verts, smileys et autres signes doux et bienveillants destinés à remplacer les défuntes (croit-on alors) et discriminatoires notes.

Il convient en réalité de s’attarder sur les présupposés idéologiques, combattus par le SNALC de longue date, qui sous- tendent le socle commun. L’école n’est plus considérée comme le lieu de transmission de connaissances et d’une culture mais envisagée d’un point de vue strictement utilitariste (d’où la notion de compétences), se cantonnant à former des individus propres à s’insérer sans trop réfléchir dans les rouages de notre société.

Revenons à présent au processus de validation du socle. L’impétrant doit se munir d’un ordinateur (pas celui de son établissement qui tourne avec Windows 1998) et d’une bonne dose de patience. Une fois connecté à Mon Bureau Numérique (ce qui est parfois possible entre 3 et 5h du matin les jours fériés) et après avoir cliqué une bonne douzaine de fois, l’enseignant est invité au moyen d’une liste déroulante à affubler ces mystérieuses compétences d’une objective appréciation : maîtrise insuffisante-fragile-satisfaisante-bonne.

Mystérieuses dis-je car certaines d’entre elles semblent au-delà de l’entendement humain et dont l’absurdité a été maintes fois soulignée par le SNALC. Ainsi en est-il de l’hypothétique compétence D1 « comprendre, s'exprimer en utilisant les langages des arts et du corps », merveilleuse et poétique alliance entre la carpe et le lapin. En tant qu’enseignant d’histoire géographie je me dois également d’évaluer l’énigmatique compétence D5 « les représentations du monde et de l'activité humaine » dont le sens m’échappe toujours.

Que se passe-t-il ensuite ? Chaque enseignant, en vertu de la fameuse transversalité, et invité à évaluer des compétences qui ne sont pas à priori de son ressort. Ainsi un collègue d’EPS sera convié à se prononcer sur la compétence « comprendre, s'exprimer en utilisant la langue française à l'oral et à l'écrit ». Vient alors le temps de la « foire du socle » (expression aimablement prêtée par Pierre-Yves Westermann) où un conclave d’enseignant « positionne » chaque élève, en toute objectivité, de manière rigoureuse et mathématique, sous la houlette du chef d’établissement, pressé d’en finir. Chaque niveau de maîtrise du socle est ensuite gratifié d’un nombre de points (comptant pour l’attribution du brevet) et le législateur a prévu, dans son infinie bienveillance, que l’élève dont la maîtrise serait insuffisante (par la faute sans doute d’une trop grande exigence de la part d’un enseignant tatillon) soit tout de même nanti de 10 points. Aussi votre poisson rouge est-il quasiment assuré d’obtenir son brevet. C’est ainsi que les taux de réussite atteignent des scores quasi-soviétiques dépassant les 90%. Le SNALC n’a de cesse de dénoncer cette imposture.

Le moment est à présent venu de faire le bilan de cette innovation. On nous annonçait des lendemains qui chantent grâce à l’évaluation par compétences, censée mieux répondre aux besoins éducatifs des apprenants. Il n’en est rien comme nous le montrent régulièrement les pitoyables résultats de la France aux enquêtes PISA. Les résultats de nos élèves en matière de maîtrise de la langue et de calcul restent désespérément médiocres. Le principe de réalité devrait alors s’imposer à nos gouvernants. Le SNALC considère que cette école du socle aboutit à une déstructuration du métier et des contenus enseignés ainsi qu’à la démotivation de nos élèves et à un effondrement de leur niveau.

« Le savoir y sera dangereux, l’émulation funeste » affirmait Montesquieu en évoquant l’éducation dans le gouvernement despotique. « Ce n’est point le peuple naissant (la jeunesse) qui dégénère, il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus » complète-t-il en traitant de l’éducation dans le gouvernement républicain. Puisse ne pas reposer sur ce socle vermoulu une stèle funéraire avec pour épitaphe « Ci-gît l’éducation nationale, pensée et voulue par Danton, Condorcet, Jules Ferry et bien d ‘autres, instrument d’émancipation des citoyens et fondement de la République ».




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* La fabrique du crétin : la mort programmée de l'école, Jean-Paul Brighelli, août 2005.



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