De l’injonction paradoxale individuelle au statu quo

De l’injonction paradoxale individuelle au statu quo

De l’injonction paradoxale individuelle

au statu quo







Par Carlos PISSARO, membre du Bureau académique du SNALC Strasbourg




Ce texte n’est pas et ne se veut pas la conclusion d’une étude sociologique rigoureusement basée sur un protocole, avec des sujets sélectionnés et étudiés sur un temps donné, non ! Il s’agit simplement d’un constat, peut-être simpliste, basé sur notre vécu, nos expériences, où je ne donnerai, volontairement, que peu d’exemples concrets : c’est en effet à chacun d’identifier les injonctions paradoxales auxquelles il est soumis dans sa vie quotidienne, pour aboutir à une prise de conscience, individuelle d’abord et finalement collective.

Commençons par une définition : selon Gregory Bateson, membre de l'Ecole de Palo Alto et qui a mis en lumière cette notion en 1956, une injonction paradoxale désigne une situation dans laquelle une personne est soumise à un ordre (implicite ou explicite) comportant deux contraintes (ou pressions) contradictoires ou incompatibles ; elle ne peut alors en satisfaire une sans violer l'autre. Par exemple l’injonction « Sois spontané ! » place automatiquement la personne visée dans le paradoxe : la perte de spontanéité si elle applique immédiatement l’injonction mais, si elle ne fait pas preuve de spontanéité immédiate, la non-obéissance à l’injonction.

Si l’on cherche, dans notre vie personnelle individuelle, à repérer ce phénomène, nous pouvons prendre conscience que ses occurrences sont multiples, menant à des contradictions et tensions internes. Suite à l’identification des injonctions paradoxales auxquelles nous sommes régulièrement soumis, nous pouvons, dans un souci de bien-être et par l’introspection, tenter de s’y soustraire en changeant nos modes de fonctionnement, en réadaptant nos objectifs réalisables et en listant nos priorités essentielles.

Après ce temps de réflexion nécessaire à la prise de conscience, nous pouvons ainsi à notre échelle individuelle, lutter contre les injonctions paradoxales en faisant preuve de bon sens, et vaincre ainsi le mal-être engendré par ces paradoxes insolubles.

Maintenant, cette même recherche dans le cadre de notre pratique professionnelle, dans notre travail quotidien de professeur, amène à un constat problématique et inquiétant : le nombre de ces injonctions paradoxales est très élevé et amplifié par les strates auxquelles nous faisons face. Les injonctions paradoxales viennent en effet à la fois de notre propre volonté de faire au mieux notre travail, de la hiérarchie (ministère, académie, établissement…) et du public (élèves, parents d’élèves), et aboutissent à des oxymores sociétaux, avec l’enseignant se trouvant comme pris entre les mâchoires d’un étau duquel il ne peut se soustraire, la contrainte professionnelle l’empêchant de sortir de cette situation.

Quelques exemples ?

- Valider des points de programme non atteignables faute des conditions matérielles minimales requises : équipements insuffisants voire absents dans certaines matières ; absence d’effectifs réduits pour manipuler, réfléchir, s’exprimer dans de bonnes conditions d’apprentissage mais aussi de sécurité ; non acquisition des pré-requis nécessaires censés être maîtrisés au cycle précédent.

- Compléter, avec la plus grande rigueur ET la plus grande bienveillance pour rendre compte du réel niveau des élèves, des grilles de compétence aux intitulés flous et abscons non compréhensibles par les élèves aboutit à ne pas respecter leurs facultés, capacités et talents particuliers au sein du collège unique.

Et vous vivez vous-même beaucoup de ces injonctions paradoxales dans l’exercice de votre métier... !

Ainsi, l’introspection individuelle de chaque membre du corps enseignant pourrait faire émerger une prise de conscience collective de l’impossibilité de démêler les multiples injonctions paradoxales reçues. Le principe de réalité et une impulsion collective devraient alors pouvoir faire cesser ces injonctions paradoxales écrasantes, pour le bien-être collectif du corps enseignant ; le bon sens élémentaire doit ainsi redevenir la seule et unique injonction afin que la collaboration active nécessaire au sein de chaque établissement ne soit plus porteuse de ce mal-être qui rend l’Éducation Nationale moribonde.

Pour retrouver du sens à nos enseignements, seule une lutte collective apolitique menée par un syndicat indépendant et soucieux depuis longtemps du bien-être des personnels, le SNALC, peut être efficace, à vos côtés. L’équipe du SNALC Strasbourg, concernée par le sujet, a déjà consacré un colloque au Bien-être au travail

Le SNALC, fondé en 1905, et plus ancien syndicat de professeurs du second degré, est parfaitement indépendant et libre de toute attache à une organisation politique, confessionnelle, idéologique. Il ne bénéficie d’aucune subvention de l’état et n’est donc pas soumis à cette injonction paradoxale insidieuse « on ne mord pas la main qui nous nourrit ! », consécutive au versement de cette subvention d’Etat qui permet à de nombreux syndicats d’exister et subsister. Il garde ainsi toute sa liberté d’action, d’expression et de mobilisation face aux injonctions paradoxales émises par ce même Etat.

À vous de faire vos propres constats, tirer vos propres conclusions et choisir vos propres moyens d’actions car le statu quo doit cesser. Si vous pensez avoir besoin d’aide, n’hésitez pas à prendre contact avec le SNALC qui est là pour vous aider.


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