La face cachée de l’école « inclusive »

La face cachée de l’école « inclusive »

Enseigner en école primaire nuit gravement à la santé




Le SNALC a procédé en octobre à une grande enquête sur l’inclusion dans le primaire. La participation a de loin dépassé nos attentes. Nous pourrions nous en réjouir mais le tableau qui résulte de l’analyse des résultats est bien sombre, voire effrayant. Nous souhaitions entendre la voix des professeurs des écoles, c’est un cri d’alarme et un appel au secours qui nous sont parvenus. Rappellons que le SNALC n’a pas d’idée préconçue sur l’inclusion et considère que l’école de la République est dans son rôle en souhaitant l’intégration de tous ses enfants. Mais cette enquête révèle cependant un malaise profond et en dévoile les causes.

Les difficultés sont liées en premier lieu aux conditions d’accueuil des élèves à besoin particuliers (EBP) :
25% des enseignants déclarent avoir plus de 2 élèves inclus par classe, 87,2% d’entre eux indiquent ne pas disposer de matériel adapté tandis que 90% ne se considèrent pas bien formés. Le manque d’informations est également souligné par 54% des professeurs des écoles (PE) qui considèrent ne pas disposer de suffisamment d’éléments médicaux pour mettre en place des actions de remédiation. L’insuffisance de l’accompagnement humain est mise en exergue : 115 PE déclarent qu’un élève ne dispose pas d’AESH dans leur classe alors qu’ils devraient en bénéficier, 38 PE affirment que 2 élèves de leur classe sont dans ce cas.
Il en résulte que 50% des PE estiment que les EBP monopolisent quotidiennement leur attention au détriment des autres élèves et 34% souvent.

Le prix humain à payer de cette carence de l’institution en matière de moyens matériels, de formation et d’encadrement est particulièrement élevé. Ainsi 23% des PE déclarent faire face quotidiennement à des situations déstabilisantes pour eux-mêmes ou les autres élèves, en lien avec la gestion des élèves en inclusion et 33% considèrent que cela arrive souvent.

Cela se manifeste en priorité par des prises de parole continues et non maîtrisées (73%), des crises incontrôlables (68%), des violences physiques (49,6%), de la violence verbale (41,2%) ou de l’auto-maltraitance (21%).
Sont aussi signalés des gestes déplacés à caractère sexuel pour 13,5% des répondants et des situations à forte charge émotionnelle pour 16% d’entre eux.

Plus grave, 31% des PE affirment avoir été victimes de violences physiques et 55% de violences verbales. 57% des PE déclarent avoir fait l’objet de telles violences de la part des parents d’élèves.

L’augmentation de la charge de travail est également considérée comme étant très importante pour 31,7% des PE et significative pour 59% d’entre eux.
Il en résulte que la gestion des inclusions occasionne du stress pour plus de 76% des PE et de l’angoisse pour plus de 38%. Fait alarmant, 45% des PE considèrent que cela a des conséquences sur leur état de santé. Reviennent de manière récurrente des symptômes de grande fatigue et d’épuisement (50% des réponses), des insomnies et autres troubles du sommeil (23% des réponses) ainsi que de l’irritabilité, un sentiment d’abandon ou une mauvaise estime de soi.
A qui confier cependant ces difficultés lorsque plus de 36% des PE affirment ne jamais être soutenus par leur hiérarchie et 48% considèrent qu’ils le sont parfois seulement ?
Pourtant les PE, premiers acteurs de l’inclusion sur le terrain ne baissent pas les bras et suggèrent des propositions pour la rendre pédagogiquement pertinente et viable humainement :

- La baisse des effectifs est plébiscitée par 69% des PE
- Plus de 62% d’entre eux réclament davantage de place dans les institutions spécialisées
- 60% souhaitent plus d’AESH
- Près de 50% réclament une meilleure formation

A l’aune des résultats de cette enquête et des remontées récurrentes des personnels de terrain, le SNALC ne peut manquer de considérer globalement la politique actuelle d’inclusion comme un échec, car basée principalement sur des considérations d’ordre budgétaire. En effet le coût de la scolarité en école primaire est 6 à 11 fois moins élevé qu’en institution spécialisée. Echec pour les premiers intéressés, noyés dans des classes en sureffectif peu propices à leur progression. Echec pour les autres élèves dont les apprentissages sont souvent perturbés. Enfin sentiment d’échec pour des enseignants mal formés, peu soutenus par leur hiérarchie, isolés et épuisés sur les épaules desquels est placée l’entière responsabilité de l’inclusion.

Le SNALC alerte l’institution sur les risques psycho-sociaux graves engendrés par la gestion de l’inclusion et tient à souligner que la politique de l’inclusion telle qu’elle est menée n’est sans doute pas étrangère au triplement du nombre de démissions que l’on constate ces dernières années dans l’enseignement primaire.

Enfin le SNALC incite les PE à consigner tous les incidents graves dans le registre santé et sécurité et à nous en transmettre une copie. Il vous invite d’ores et déjà à participer à un grand COLLOQUE sur l’inclusion qui aura lieu le 31 janvier 2020 en présence de psychologues, avocats, juristes, directeurs d’école, enseignants référents…

François BLONDEL
Secrétaire académique
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