COLLOQUE INCLUSION DU 31 janvier : compte rendu

COLLOQUE INCLUSION DU 31 janvier : compte rendu

COLLOQUE INCLUSION DU 31 JANVIER 2020

compte rendu







Le colloque du 31/01 « tous inclus ? » a rassemblé plus d’une centaine de personnes au lycée Marcel Rudloff de Strasbourg, en présence de Jean-Pierre GAVRILOVIC (président du SNALC de Strasbourg), de maître COLMANT(avocat), de Daniel CALIN (philosophe et formateur d’enseignants spécialisés), de Mme Emilie FLORENCE (psychologue) ainsi que de Mmes Agnès KALLMEYER (directrice d’école et formatrice) et Marie-Chantal BLONDEL (enseignante référente)



L’intervention de Daniel CALIN, suscite rapidement l’intérêt du public. Après une présentation générale de l’idée d’inclusion, concept récent et imposé sous la pression de normes internationales sans que soit nécessairement pris en compte l’intérêt de l’enfant, il aborde la notion de troubles du comportement. Cette dernière étant définie par l’impact suscité par le sujet sur son entourage, plus que par une dynamique et une problématique internes propres à l’individu, ce qui apparaît restrictif et peu respectueux de la personne.

A partir de son expérience personnelle et de ses recherches, il affirme, un peu à la surprise du public, que ces élèves sont plutôt résilients et susceptibles de rejoindre rapidement la normalité dans certains cas et qu’il est malaisé de prévoir l’évolution de ces enfants à long terme. Il cite un chiffre incitant plutôt à l’optimisme : 50% des élèves d’ITEP rentrent dans la normalité à une échéance de 10 ans, évoquant même le cas d’un ancien pensionnaire d’ITEP devenu un député fort apprécié par la population. [Malheureusement, quelques uns de nos députés actuels ne semblent pas avoir fréquenté d’ITEP (NDLR)]. Il affirme ensuite que ces enfants, compte tenu de leur héritage familial parfois très lourd, sont quelque part solides mentalement et souvent très intelligents, mais que cette intelligence est utilisée à mauvais escient. Il distingue alors trois catégories d’enfants :

Les enfants « hors la loi », c’est à dire réfractaires à toute forme d’autorité, sont en nombre croissant. Il sont, selon lui, le plus souvent le produit d’un échec éducatif et d’une incapacité des parents à fixer un cadre et des limites. Ils tirent le plus grand profit des pratiques pédagogiques de type Freinet, où les élèves organisent eux mêmes leur loi, afin que soit intériorisée sa nécessité.

Les enfants « chaotiques » disposent d’une très faible maîtrise émotionnelle et corporelle (font tomber leurs affaires, se cognent aux tables…) Ce sont en général des enfants qui n’ont pas bénéficié d’interactions précoces et structurantes avec leurs parents, insécures et mal maternés. Ils sont les plus à même de bénéficier d’une prise en charge en psychomotricité et d’activité mettant en jeu leur corps.

Les enfants « psychopathes » sont minoritaires, ce qui n’exclut pas un caractère dangereux. Cette organisation psychique apparaît à partir de 7-8 ans, voire dès 4 ans, et s’organise autour de la notion de plaisir, suscité par la destruction de ce qui existe autour de soi. Ce sont le plus souvent des enfants très intelligents, rarement absents, et œuvrant souvent dans la discrétion, ce qui rend leur repérage malaisé au sein d’un groupe. Pour l’enseignant, il n’y a pas d’autres solutions que de le repérer et de le marginaliser, de l’isoler.


Une fois son exposé achevé, M.CALIN se prête au jeu des questions-réponse avec le public.


Maître COLMANT fait ensuite le point sur la législation en matière d’inclusion et précise que cette notion ne provient pas du droit interne, mais externe : droit des enfants, convention de New York, , charte de l’ONU, convention des droits de l’enfant, cour européenne des droits de l’Homme...

Il rappelle que le principe d’inclusion apparaît en 2005 et que la loi de programmation et refondation de 2013 consacre le principe d’inclusion scolaire, tandis que la circulaire du 5 juin 2019 instaure un grand service public de l’école inclusive. Il insiste sur la pierre d’achoppement : le financement, non assuré, de tous ces beaux principes, ce qui a incité le défenseur des droits à tirer la sonnette d’alarme. En effet ce dernier constate le manque d’infrastructures, de formation des enseignants, d’encadrement et déplore l’inadaptation des programmes scolaires.

Maître COLMANT constate que les personnels sont la variable d’ajustement de cette politique d’inclusion réduite à peau de chagrin pour des motifs d’ordre budgétaire et que le personnel, de même que les enfants, sont souvent en situation de grande souffrance. Il rappelle que la France risque d’être condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour sa mauvaise gestion de l’inclusion scolaire, ce qui constituerait un véritable camouflet diplomatique.

Il insiste ensuite sur la nécessité pour les enseignants de se regrouper, de s’appuyer sur les instances et les syndicats. Ne pas hésiter à monter des dossiers, à garder des traces écrites et à alerter régulièrement la hiérarchie.


De gauche à droite : Daniel Calin, Maître Colmant, François Blondel et Agnès Kallmeyer



Après une pause méridienne bien méritée, vient l’heure de l’intervention de Mme FLORENCE, psychologue au pôle enfant/ados du CRA (Centre de Ressources Autisme), portant sur les troubles du spectre autistique, ou TSA. Les enfants qui en sont affectés disposent d’une organisation cérébrale différente, qui se manifeste avant trois ans. Elle insiste sur le fait que ce n’est pas une maladie, mais un handicap qui n’est pas réversible. L’enfant qui en est le sujet est atteint par une altération de la communication sociale, ne tient pas compte de l’autre et ne montre pas d’émotions apparentes. Ces enfants ont des intérêts restreints et stéréotypés et mettent en place des rituels très précis parfois répétitifs. Ils sont souvent sujets à des troubles du sommeil, de l’épilepsie, des moments d’angoisse, de colère pouvant déboucher sur de l’agressivité ou de l’automutilation. Ils sont susceptibles de connaître des épisodes dépressifs récurrents et se caractérisent par de la maladresse et des difficultés motrices, mais bénéficient d’îlots de performances dans certaines matières. Mme FLORENCE liste ensuite quelques stratégies pour mieux prendre en compte leur différence au sein de la classe : rendre les consignes explicites (ils ne décodent pas les signes non-verbaux), s’appuyer sur des consignes visuelles (pictogrammes…), bien expliquer ce qu’on attend d’eux et segmenter les tâches. Ces élèves ne prenant pas en compte le contexte et disposant d’une vision par détail, ils ont par conséquent du mal à faire le lien et à transposer leurs acquis dans d’autres domaines. Elle précise qu’ils ont tendance à somatiser rapidement en cas de difficultés et incite les enseignants à la vigilance. Pour plus d'informations concernant l'intervention de Mme FLORENCE, cliquez ici.


Maxime REPPERT, secrétaire national du SNALC chargé des conditions de travail, poursuit la journée en évoquant le thème brûlant et actuel de la souffrance au travail. Il souligne l’isolement, le sentiment de culpabilité qu’éprouve bien souvent le personnel ainsi que la crainte face à la réaction de la hiérarchie, qui rejette souvent la responsabilité du dysfonctionnement de l’institution et les carences de l’administration sur le dos des enseignants. Il fait le triste constat de l’augmentation de la souffrance physique et psychologique dans le primaire, comme l’atteste le triplement du nombre de démissions constaté ces dernières années. Il évoque les cas douloureux de suicides, dont certains ont été médiatisés, mais dont la plupart sont passés sous silence, y compris d’un point de vue statistique, aucune étude récente sur le sujet n’ayant été réalisée. Il nous présente son Memorandum annuel sur la souffrance au travail ainsi que les outils mis à disposition par le SNALC pour ses adhérents : cellule d’écoute et mobi-SNALC.



Le SNALC tient à remercier tous les intervenants, ainsi que les participants pour la qualité de leur écoute et de leur questionnement malgré la météo défavorable en raison d’une panne inopinée de chauffage. Il se tient à disposition de tous les personnels en attente de renseignements ou de soutien.



François BLONDEL
Secrétaire académique du SNALC de l'académie de Strasbourg
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