AESH : que deviennent « François, Vincent, Paul et les autres » ?

AESH : que deviennent « François, Vincent, Paul et les autres » ?

« François(e), Vincent(e), Paul(e) et les autres » :
mais que deviennent nos collègues AESH de l'Académie de Strasbourg ?

Le SNALC les a joint(e)s par téléphone...


© FTV / Folamour


Qu'il se prénomme François(e), Vincent(e), Paul(e) ou encore Dominique, vous le connaissez tous : c'est notre collègue AESH ou « Accompagnant des élèves en situation de handicap ». Vous le rencontrez tôt chaque matin, avant tout le monde, à la porte administrative de votre école ou de votre établissement, attendant l'arrivée de ceux qui y conduisent leur enfant en situation de handicap, afin de bien le recevoir. Puis, vous le retrouvez à l'entrée de vos salles, prêt à accompagner les élèves dont il assure le suivi avec vous, les collègues professeur(e)s, en sus de toutes les autres responsabilités qui lui incombent durant ses heures de présence au plus près de ces élèves, lors des interclasses, à chaque récréation, à la cantine ou ailleurs. Il est souriant, affable, efficace tout au long de nombreuses séances en présentiel, très investi dans ses missions et la vie de l'école, soucieux de toujours bien les accompagner, nous accompagner.

Lors de la visio-conférence du 30 avril dernier, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a déclaré « avoir été un avocat fort pour l'amélioration du statut des AESH, avec des contrats plus solides et une meilleure prise en considération RH par l'EN, qui a vocation à aller plus loin dans le futur ».

Mais, justement, qu'en est-il précisément de leur santé, de leur situation familiale, de leurs conditions de travail, de leur contrat et traitement, de leur formation dans notre académie ? Tout comme pour les autres catégories de personnels, le SNALC de l'Académie de Strasbourg a communiqué avec un certain nombre d'entre eux pour savoir de quoi il retournait, une communication qu'il poursuit encore à ce jour.

Tout d'abord, soyons rassurés ! Pour l'instant, ils se portent bien, sachant néanmoins que deux d'entre eux, parmi tous ceux à qui nous avons téléphoné, ont été atteints des symptômes du Covid-19, avant le confinement. Mais, depuis, ils vont bien et l'ensemble a tenu à remercier le SNALC de l'attention et de l'intérêt qu'il leur porte.

En second lieu, si le SNALC considère les contrats proposés dans notre académie, il apparaît clairement y avoir peu de traces de ces fameux « contrats plus solides » dont parle notre ministre : les AESH en « contrat à durée indéterminée » font exception et il demeure encore un certain nombre de contrats AVS et AVSI, alors que les premiers contrats en CDI de ces personnels, sous le sigle AESH, datent de 2014.

Il est donc important de souligner que l'extrême précarité de la majorité des contrats proposés à nos collègues demeure très marquée dans notre académie, essentiellement des signatures de « contrat à durée déterminée », sachant que la majorité des AESH qui exercent dans le 1er degré sont souvent passés d'un « contrat aidé » ou d'un « contrat unique d'insertion » ou d 'un « contrat d'accompagnement à l'emploi » - d'un ou deux ans - ou encore d'un « contrat unique d'insertion » de deux ou trois ans à un CDD de trois ans, normalement renouvelable une seule fois. Seulement, parmi ces collègues, se trouve aussi un certain nombre ayant des contrats renouvelables d'un an en CDD. Et parmi les collègues interrogés, une majorité fait état de ces contrats précaires, qui même au bout de neuf ans - après passage d'un type de contrat à un autre - ne sont pas encore transformés en CDI ou qu'ils ne sont pas sûrs d'obtenir. Beaucoup se posent donc des questions sur leur avenir dans l'EN car ils se sentent insuffisamment reconnus et bien mal payés.

Il suffit de rappeler quelle a été leur situation dans notre académie, au cours du premier trimestre de l'année scolaire 2018-2019. Ils ne savaient pas, pour un certain nombre, si leur contrat allait être renouvelé, le service AESH de l'Inspection académique les informant alors, qu'il n'y avait pas d'enveloppe budgétaire les concernant : « C'est à chaque fois, l'épée de Damoclès sur notre tête. On ne sait pas si l'on va enfin avoir un CDI », déclare l'une d'entre elles, évoquant parallèlement le refus des banques de leur accorder l'un ou l'autre prêt, notamment afin d'acheter une voiture d'occasion, pourtant nécessaire à l'exercice de leur fonction.

Leurs salaires - faut-il le marteler, le marquer encore noir sur blanc - s'échelonnent entre 675 et 890 euros net par mois !

Et que répondre à une collègue avec deux enfants qui, tombant malade avant la fin des quatre mois de son début de contrat, se retrouve durant trois semaines avec seulement six euros sur son compte bancaire et une journée de carence pour laquelle on lui a retiré 250 euros? Avant la fin de ces quatre premiers mois, l'employeur ne prend pas en charge un congé de maladie, aussi court soit-il. C'est écrit en tout petit, dans un alinéa du contrat qu'on lui a fait signer, sans qu'elle en ait été verbalement avertie, lors de son embauche !

Pourtant le SNALC ne cesse d'interpeller le ministère de l'Éducation nationale sur la nécessaire évolution de leur statut, la reconnaissance de leurs missions, tant au niveau de leur contrat que de leur rémunération. Il ne reste que deux ans à l'EN et à la parole portée par son ministre M. Jean-Michel Blanquer, pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés avec cette priorité donnée aux AESH , le Président Monsieur Emmanuel Macron « faisant du handicap une des grande causes de son quinquennat », avec la « réalisation d'une école pleinement inclusive » !

En effet, que ne pourrait-on faire dans notre Académie de Strasbourg et toutes les autres, sans cette fonction indispensable au bon fonctionnement de tous les établissements des 1er et 2nd degrés, tant au niveau du suivi des élèves à handicap, que l'accompagnement conjoint et nécessaire avec tous les professeurs quelle que soit leur catégorie, et les personnels éducatifs ?

Ainsi, le SNALC n'a pas manqué non plus de questionner les collègues AESH sur leur parcours de formation.

A-t-on pensé un seul instant, en haut lieu, à la somme de capacités nécessaires pour gérer et suivre, jour après jour, des handicaps souvent lourds, tels l'autisme -évoqué avec ses variantes-, le syndrome de Tourette, l’hyperactivité ou la violence de certains élèves « tout le temps dans l'insulte, intolérants à la frustration, qui crachent » ? Les AESH ont aussi un sentiment de non inclusion !

Par ailleurs, ils se savent bien peu intégrés dans les équipes de suivi médical ou inclus de manière parcimonieuse - selon les termes de certains - dans le Geva-Sco ou une seule fois par an, lors de la réunion de suivi de l'élève.

Le SNALC insiste sur le manque de reconnaissance de ces personnels - hormis celle exprimée par leurs collègues enseignants, leur directeur(trice) d'école ou leur chef d'établissement -, dans leurs acquis et compétences, notamment si l'on se réfère à la validation des acquis de l'expérience (VAE). Pense-t-on vraiment avoir avancé sur la « meilleure prise en considération RH par le Rectorat et l'Inspection de notre académie » pour la catégorie des AESH ?

Notre syndicat en doute fortement, si l'on considère que leur CV est réduit à peu de choses ou à néant dans leur dossier, par les services qui en ont la gestion.

Mais qui connaît exactement leur parcours de formation ? Qui sait que Françoise a été auparavant Assistante d'éducation, mais aussi de gestion, a fait une année de formation d'aide-soignante dont un mois de stage auprès de jeunes autistes, en plus de six secteurs différents dans le domaine médical, notamment auprès de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ? Qui sait encore que Vincente a travaillé dans un centre pour handicapés lourds, que Paule autofinance des cours de langue des signes au Centre A. Jacoutot à Strasbourg, que Dominique s'est formé seul en Art thérapie ou encore qu'un certain nombre parmi nos collègues AESH ont une expérience personnelle dans l'autisme - l'un de leurs enfants étant atteint -, qu'ils se sont documentés par eux-mêmes ou auprès des parents de ces enfants à handicap qu'ils suivent, et accompagnent au mieux, conjointement à leurs collègues professeurs ?

Bien évidemment, ils souhaiteraient davantage de formation(s), dans le domaine de l'autisme, les premiers secours, la gestion des enfants violents..., plutôt que de simples réunions d'information(s). Après les soixante heures initiales ou moins, au début de leur(s) contrat(s), bon nombre ont attendu qu'on leur fasse d'autres propositions de formation(s), mais rien n'est venu et, s'ils ont été convoqués, certaines ont été annulées ou reportées.

Le SNALC tient parallèlement à rappeler qu'il n'y a pas ou peu de structures adaptées - si ce n'est dans certaines associations - pour la prise en charge de l'autisme et que la France demeure bien en retard par rapport à des pays tels l'Allemagne, l'Australie, le Canada et la Suède. Pourtant l'État, à qui devrait incomber d'abord cette lourde responsabilité, s'en remet grandement à l'EN, notamment aux collègues AESH et à leurs référents - ainsi qu'aux professeurs -, qui ne sont pas formés, reconnus et rémunérés en conséquence et en regard de la difficulté de leur tâche, sachant qu'un certain nombre de ces élèves à handicap auraient besoin d'une simulation intensive d'au moins quarante heures par semaine et que leur prise en charge devrait se faire de 35 à 41 mois dans de petites structures beaucoup plus adaptées (cf. Santé Magazine, « Autisme, quelle prise en charge selon les pays », article du 31 mars 2015).

Aussi, doivent cesser toutes ces paroles en l'air, trop peu suivies d'effets dans notre Académie de Strasbourg. Faut-il que « l'enseignante référente en vienne à taper sur la table au niveau de l'inspection », comme l'a déclaré l'une de nos collègues AESH, à propos de ce problème d'enveloppe budgétaire antérieurement évoqué, pour obtenir enfin gain de cause ?

En outre, les collègues interrogés évoquent cette fameuse «flexibilité» introduite par les PIAL ou «pôles inclusifs d'accompagnement personnalisé», avec la « modification des quotités, des lieux d'exercice, des emplois du temps en cours d'année », ce qui ne semble pas constituer une avancée pour les AESH de notre académie. Et d'ailleurs, va-t-on tenir compte de leur fiche de vœux pour la prochaine rentrée scolaire ?

De plus, que peuvent faire nos collègues AESH avec 24 heures de service réparties sur deux élèves et, maintenant, car c'est la tendance en raison de l'explosion des notifications de la « Maison départementale des personnes handicapées », avec cette même quotité d'heures, le suivi de trois enfants au minimum, avec un accompagnement de seulement huit heures pour chacun, cela, plus que grandement, au détriment de la qualité du suivi de chaque élève : « On ne peut pas faire notre travail correctement. On nous demande de faire des miracles en un minimum de temps », nous a déclaré l'une d'entre elles, déçue de ce genre de décision irréaliste et, surtout, inconcevable.

Alors que conclure ?

Le SNALC de l'Académie de Strasbourg ne peut s'empêcher de faire à nouveau référence à la circulaire 2019-088 du 5 juin 2019, « Circulaire de rentrée 2019-École inclusive », citée par notre Vice-président national, Philippe Frey, notre secrétaire nationale chargée des contractuels, Danielle Arnaud, ainsi que Sylvie Morante-Cazaux et Luce Martin, membres du secteur AESH, page 2 du « Guide AESH Octobre 2019 », qui prétend présenter « la mise en œuvre » de cette École inclusive et appeler « au renforcement de l'appartenance des AESH à la communauté éducative ». Comment y remédier si l'EN, en dépit de son discours prometteur, continue à les maintenir dans une telle précarité, ne les professionnalise pas sur l'ensemble du territoire, avec « un véritable métier statutaire d'AESH », au même titre que ceux qu'ils accompagnent quotidiennement dans leur(s) classe(s) ?

Le SNALC de l'académie de Strasbourg poursuivra donc ses revendications et son combat pour le suivi, la protection et la défense des Accompagnants des élèves en situation de handicap !


Michelle LAPORTE, Référente des personnels non titulaires pour le SNALC de l'Académie de Strasbourg.
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